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6. Mai, 2016

Changement des noms

En relisant ma fiction, j'ai dû changer quelques noms et corriger quelques fautes.

Lison est, par exemple, devenue Sirel. Renji est devenu Shade, etc.

Pluie & Vent

         Il y a un sourire ...Oui.

 

         Un sourire brodé sur mes lèvres et ma tête haute, je prends sa main dans la mienne sous la neige. Je l'aime et je l'aimerais toujours. Cela m'apportait une certaine satisfaction de savoir qu'il ne changerait jamais plus. De mes yeux luisants comme au premier jour, je lui permis de commencer notre nouvelle vie :

 

«Allons-y !»

 

         Il ne me répondis pas, mais je savais bien qu'au fond il avait peur, peur pour Kasia je suppose mais aussi une certaine crainte de ne jamais vivre comme tous les gens qui croisent notre chemin sur ce pont Breton. Mais tout ceci n'est que la fin d'un ancien début, il est donc tant de prendre ce nouveau départ, ensemble.

 

         Il fait froid ce matin, la brume lèche comme une vague, les trottoirs des rues encore endormies. Je suis assise dans la voiture de ma mère, on rentre de chez le docteur. Ce qui peut vous paraître basique ne l'est pas, à s'y méprendre. L’aube se dresse à peine à l'horizon, les plaines se parsèmes de rayons de soleil délicats qui se dorent sous la buée qui s'évaporera doucement vers les nuages épais qui surplombes les sols. Les essuie-glaces ne font que passer encore et encore sur le pare-brise en rythme avec la pluie qui coule à flot et le vent qui caresse les vitres. Ils dévorent de la plus triste manière les larmes du ciel, raclant le pare-brise de manière  nonchalante. J'ai très peu dormis la nuit, une fois encore, mais contrairement à ce que mon médecin en avait déduis, ce n'était pas à cause de mes problèmes de sang... Je repense sans arrêt à cette même histoire que je n'ai jamais entendue ou lue, j'ai beau me dissuader de sa réalité elle me traque et me reviens en rêve d'enfant dans un cycle infini. Et ça, en me donnant une impression étrange de confiance, comme un souvenir à travers lequel je ne peux pas douter de la fiabilité.

 

         On disait que notre monde, il y a des siècles de cela, n'avait compté que des héros du ciel se battant avec puissance et dignité contre les démons du sol. Rien ne les faisaient trembler pas même leurs ennemis, les géants de la terre aux griffes crochus et au cris ardent. On disait que le bruit sourd de leurs affrontements par les crocs se faisaient entendre sur toute l'immensité du champs de bataille qu'était la Terre. Mais qui peut dire ça ? Il n'y avait pas d'Hommes sur cette Terre. Seulement les Titans de fer combattant courageusement les vermines des enfers, dans une guerre entre l'éternellement bon et l’infiniment mauvais. Alors, notre monde n'était qu'un lieu de chaos où le sang perlait sur un sol lunaire et sans vie comme s'il était un trésor, le trophée acquit après une brillante victoire. Chacun avait pris place sur ce désert afin de défendre son côté. Les deux clans avaient pourtant un point commun : ils finissaient tous assoupis sur le sol, grimaçant de douleurs et baignant dans leurs propre sang, voire pire, dans celui de leurs frères. Tous se retrouveraient cadavres tôt ou tard. De ce que je sais, les Titans étaient descendus du ciel, volant de leurs quatre ailes, pour repousser les envahisseurs termites. Aujourd'hui, personne ne semble connaître ce mythe important, peut-être passé sous silence, mais je reste certaine que s'il est vrai, l'Homme devrait s'attendre à d'éventuelles représailles...Je sais que même si l'histoire de l'Homme a changé, des héros reste tapis dans l'ombre, attendant de servir et persistant sans même le savoir. Je le sais car ça ne peut pas être un rêve, on ne peut pas se coucher tous les soirs en ayant tout le temps cette même vision, claire et nette. Je me couchais chaque soirs pour mieux me réveiller, effrayées par les coups que je voyais. Le cœur encore battant sous ma chair, j'avais crains tellement fort que ma mère s’était réveillée d'un coup. Je repris quelques petites bouchées d'air en me remémorant l'anxiété de mon cauchemar et baissa les paupières pour clore mes yeux sous les épais rangs de cils.

 

«Tu as dis quelque chose, Jun ?

-Non je réfléchissais ...»

 

         Elle baissa le son de la radio qui s’entêtait à commenter les dégâts d'un  ouragan, mais ne me regarda pas pour autant. Ses yeux noirs glissaient sur la route tandis que son escarpin rouge laqué pressait la pédale. Il allait être 7h et le soleil se dessinais déjà sur l'horizon, dressant ses pigments rosés sur l'herbe fraîche, parsemée de rayons rouges, doré sous les perles de buée. Quelque part, loin de la ville, nous rentrons chez nous.

 

«De quoi tu as rêvé cette nuit ? Je ne t'avais encore jamais vu dans cet état, ou du moins, je ne t'avais encore jamais conduis au docteur comme ça ! Tu m'as vraiment inquiétée à ne rien dire d'autre que de hurler...

-C'était la première fois que le rêve durait après que je me sois réveillée... J'ai mis quelques temps à savoir où j'étais donc forcément j'ai paniqué...

-Mais tes rêves ...De quoi s'agit-il ?

-Je te l'ai dis, je ne m'en rappelle pas. Probablement rien d'important qui me valent une grande explication, maman, juste des cauchemars d'enfants.»

 

         Elle leva les yeux au ciel, pensant que je ne le verrais pas. Retroussant ses lèvres rouge et gonflant sa poitrine trop fort dans son tailleur, tellement qu'il aurait pu exploser. Je n'y fis pas attention et me regarda brièvement dans mon petit miroir de poche en verre, je l'avais eu chez une marque française à l'époque où nous en avions encore les moyens. Mes yeux étaient cernés du noir de ''mauvais sommeil'' mais pourtant bien ouverts, leur couleur brune semblait jaunie par la fatigue mais mes cils les cachaient par leur épaisseurs. Malgré mon teint pâle, ma mère avait décrété que tout semblait aller pour le mieux. Je me réveillais rarement plus tard que cinq heure du matin, mais mes cauchemars n'étaient pas aussi violent d'habitude, je pouvais rester couchée et personne ne m'entendais. Depuis que j'avais eu dix sept ans, mes pulsions du soir étaient devenue de brutales crises de panique ! Il ne me restait plus qu'a espérer que quelqu'un saurait de quoi il s'agit pour qu'on puisse me soigner, pour le moment je n'en parle pas, car mes rêves leurs semblent «ridicules» et trop improbable pour qu'on les prennent en compte.

 

         La voiture se gara dans l'allée principale, face au garage, et je descendis en  premier dans les graviers blanc pour ouvrir la porte, ma mère me suivit dans la foulée. Contenant son air strict et froid, dans une atmosphère silencieuse. Je respira à petite bouchée l'air chaleureux de la maison où quelques heures plus tôt, je m'étais cru tout à fait ailleurs; dans une île se rapprochant tantôt à un désert de dunes, tantôt à une forêt tropicale. Je voyais encore en ma mémoire, cette petite coupole dorée et orange plongée dans le sable au milieu de l'eau claire. Ma peur, elle, s'était dissipée, mais je m'en assurais en buvant un verre de lait frais (rien de mieux pour évacuer tous les mauvais trucs que l'on a en sois). La pièce était toujours glacée par la nuit et baignée dans une brume épaisse d'obscurité. Je n'avais pas allumé la lumière, je me sentais frustrée de m'être sentie autant en danger alors que je me trouvais dans mon propre foyer. J'avais peur que mes crises empires ! Alors que mon esprit rentrait peu à peu dans l'ordre psychique des humains, je vit briller la lampe au dessus de ma tête, sans que je n'eus rien fais, je déduisis que ma mère était venue me rejoindre. Je sentis mon corps se crisper, sa venue me rendais encore plus tendue. Même si elle le niait, ça devenait grave.

 

«Maman? Tu devrais aller te recoucher, tu vas être fatiguée pour ta réunion...»

 

         Elle prit un verre de vin blanc sans répondre ni sourire, tandis que je fixais intensément mon bol, quasiment vide, assise dans un angle vide de la table en acacia.

 

«C'est toi l'enfant ici, je n'ai pas besoin de tes conseils, en plus, on est bien plus fatigué quand on a dormis 10min que si on ne dormais pas du tout !»

 

         Ma mère attrapa mes épaules et m'enlaça affectueusement. J'avais compris qu'elle avait eu vraiment peur et je sentais que son cœur était devenu très lourd dans sa chemise en satin. Peu importe l'attachement que je mettais pour faire semblant de me débattre, une mère entêtée ne lâche jamais prise. Quelques secondes de silence tendre passé, je repris mon air las.

        

«Ce cauchemars alors, un genre de traumatisme d'enfant ?»

 

         Deux choses dans sa phrase m'avaient perturbées. Tout d'abord elle avait sous-entendu qu'il pouvait s'agir d'un traumatisme que j'aurais vécu avant qu'elle ne m'adopte (chose dont elle ne parlait jamais) et en plus, elle savait que mon cauchemar se répétait sans que je ne lui eu jamais dis. Je pris une grande bouchée d'air frais et tenta sans trop m'enfoncer :

 

«Non, plutôt quelque chose de décisif, il y a quelque chose de bizarre que je vois mal, mes yeux sont embrumés comme si j'avais pleuré ou comme si j'étais blessée... Il me tends un objet mais je le refuse. Tout s'annule ici en général.

-Tu dois être morte de peur …

-En fait pas vraiment, c'est mon retour à la réalité qui me fait autant de mal, lors de mon cauchemars je ne ressens pas de panique particulière... C'est juste que... C'est comme si j'avais peur de revenir parce que je ne devais pas être ici.

-Le docteur pense que c'est le stress à cause de tes examens et tout ça …

-Je sais très bien ce qu'il pense.»

 

         J'avais envie de lui dire «Je sais surtout qu'il pense que je suis atteinte de leucémie et que je vais mourir» mais je m'en suis abstenue car l'idée de ma mort aurait perturbée ma mère au plus haut point. Et ce qui était perturbateur pour elle, ça, on n'avait pas le droit d'en parler !

 

         Elle m'attrapa par les épaules pour m'attirer de nouveau à elle, entourant mon cou de ses longs bras maigres et m’enlaçant quelques secondes. Je ne me débattis pas devant tant d'affection et de pitié mais elle me retint encore un peu. Je bâilla et elle me laissa ma liberté, reprenant aussitôt son masque de 'styliste froide et distante', finalement, le rôle de la 'maman', elle ne se le voyait pas trop ! Je repris sur un autre sujet :

 

«Papa devrait bientôt rentrer, non ? J'ai vu sa nouvelle collection de voitures à la TV.  Elles sont plutôt jolies mais les prix sont encore exagérés, c'est la faute de Barney je suppose ? Il fait le coup chaque années !

-Mais non ne dis pas n'importe quoi, on devrait s'estimer heureuse d'avoir encore celui-là comme source de revenus ! Nous risquons de finir vraiment pauvres, Jun. Bon ...Pour ton père je ne me souviens plus de ce qu'il m'a dit au téléphone ... Il devait revenir de Paris dans un mois et demi pour répondre à ta question, mais normalement, il vient avec moi à Los Angeles, je crois. Je dois sortir ma collection dans la foulée. Mon défilée de lingerie est très important donc il m'accompagne... Cela fait une éternité que ton père et moi n'avons pas eu un moment ensemble ! Tu saura rester toute seule quelques mois pas vrai ?»

 

         Elle passa une main angoissée dans ses cheveux raides et tirés vers son chignon. Elle et mon père ne se voyaient pas souvent ça c'est sur, peut-être une fois par trimestre pour les fêtes, tel que noël où le nouvel an si on avait de la chance... En fait, ils se croisaient. Mais et moi alors ? Je ne les voyaient jamais. Dès qu'ils avaient du temps ensemble ils partaient. Bien sûr, je m'y étais habituée mais j'avais encore dans la tête des souvenirs d'une famille unie, avec deux parents amoureux comme des enfants et ça, ça me manquais beaucoup. Depuis dix ans, nous avions donc arrêté de passer notre quotidien en famille et je me disais souvent que si je disparaissais un certain mois de l'année, ils ne s'en rendraient compte qu'au bout de six ou sept mois. Le pourquoi du comment c'est Barney, le big boss qui a promu mon père PDG d'une grande entreprise de voitures. Il avait rencontrer un designer dont la femme travaille comme styliste avec ma mère, réputée pour une marque à la mode du coup, elle faisait des défilées partout, tout le temps, pour toutes les catégories. Je sais que je dois beaucoup de choses à ce type mais il m'a fait comprendre une chose, que si un jour j'ai un enfant, jamais je ne pourrais le laisser seul ! Malgré que le sujet du départ leur sois devenu commun et banal, les séparations étaient toujours un peu tabous. Une mère normale aurait dit «Je te ramènerais des souvenirs», là, on s'en tenait à l'annonce du départ non négociable.

 

«Je t'enverrais de l'argent, ou je le mettrais sur ton compte ! Oui sur ton compte c'est une meilleure idée alors ne perds pas ta carte bancaire, hein ?

-Maman je ne vais pas perdre ça, je suis plus une enfant …

-C'est vrai je suis désolée, pardonne-moi. Ahhh, j'espère quand même que mes vacances seront acceptées pour qu'on puisse se retrouver en famille ! Ça fait longtemps qu'on est pas aller manger des brochettes de viandes pendant le festival à Yokohama, pas vrai ?

-Trop longtemps, oui.»

 

         Mon ventre grogna en imaginant de délicieuses brochettes à engloutir de nouveau comme quand ils m'ont tous les deux adoptés il y a maintenant 15 ans, et nous avons ris pour un temps. A 8h moins vingt, ma mère se retrouva angoissée je compris qu'elle n'avait pas envie de me laisser toute seule mais son travail avait besoin d'elle, encore plus à cette époque de l'année. Elle poussa en arrière ses cheveux à la couleur de l'encre et soupira avant de quitter la table à manger. Je lui souris pour qu'elle comprenne que je comprenais son départ, je pense qu'au fond, je lui faisais peur avec mes crises de panique nocturnes.

 

         J'étais triste pour elle que sa vie soit devenue aussi régulière mais je me retrouva seule dans la cuisine, avec peu d'envie de réfléchir à l'état de notre situation familiale. Assise en bout de table et en observant fixement l'angle de bois. Notez qu'elle nous considère comme des ''pauvres'' ou futurs pauvres ! Je devais penser à autre chose, aujourd'hui devait être la bonne journée de ma vie! Mo-ti-va-tion! Malgré le fait que je sois épuisée, accoudée au lave-vaisselle de notre petite cuisine japonaise, j'avais décidé que j'allais tout mettre en œuvre pour refaire ma vie d'adolescente, je voulais que ça bouge dans ma vie, que ça change (et croyez-moi, j'allais être servie!) Quelque chose pourtant me perturbais : il y avait de la différence. Une odeur ou peut-être juste un pressentiment.

 

         Comme tous les dimanches, je n'avais pas a passer la journée au lycée où se succéderais plusieurs leçons toutes moins intéressantes les unes que les autres mais ayant été tirée jusqu'au docteur en pyjama, je soupira et me dis :

 

«Je suis déjà réveillée, autant faire quelque chose de ma journée»

 

         Dès lors il avait été impossible de m'habiller tellement j'étais devenue violente pendant mes crises mais maintenant que tout était fini (pour l'instant) je pouvais monter m'habiller dans ma chambre. Demain, je devrais me rendre au lycée, en première, je voulais être traductrice. Évidement ça me semblait facile, je parlais couramment le japonais grâce à mes parents, l'anglais grâce a ma famille paternelle qui vit exclusivement en Amérique, français grâce à mon école qui est en français et bien sûr Espagnol et latin pour le ''fun'' comme disent mes parents !

 

                   Mais si cette histoire ne racontait qu'une journée normale, vous ne la liriez pas, à moins que vous soyez un fan impressionnant du grand Zola (et je n'ai rien contre ça, bien sûr). Dans tous les cas accrochez-vous bien, c'est ici que notre véritable histoire commence !

 

         Alors que je chasse un par un les accessoires de ma tenue du jour dans la jungle qu'est ma chambre, la sonnerie de la porte d'entrée retentit dans les escaliers. Ma mère étant partit  pour sa réunion, je tourna le regards vers ma fenêtre pour voir ce qui se trouvait en bas à cette heure. Inutile de vous dire que je n'attendais personne encore moins ce genre de personne. J’enfilai un débardeur violet moulant le plus rapidement possible et un jean slim que je boucla face à la vitre. Je leva un sourcil curieux, la vue du ''sonneur de porte'' me figea. Je fixa de bas en haut, l'étrange visiteur qui avait déboulé devant chez moi, avec sa silhouette inquiétante. Il était près de moi, pourtant je ne savais pas en tirer quelconque conclusion sur ce que la chose aurait pu être.

 

         Il était long et semblait plutôt fin malgré que son habit ne le mette pas du tout en valeur. Ce que je percevais le mieux, ses cheveux, étaient longs ,traînants comme une cascade derrière sa nuque. Ceux-ci n'étaient pas gris comme ceux des vieux hommes que l'on trouve partout, mais d'une teinte presque argentée, comme de l'aluminium qui capte chaque rayons du soleil. Ils glissaient jusqu'aux reins du visiteurs, sans faire ni boucles, ni nœuds. Dégringolant sur la tunique noire de la silhouette, qui se rependait sur le sol comme un liquide brumeux. Sur la pointe de son crâne, un immense haut-de-forme avait prit place. Qui était donc ce personnage étrange, qui pourrait faire penser que la Mort elle-même vient toquer à ma porte ? Sûrement pas un client de ma mère vu la longueur inadaptée de ses manches à travers lesquelles ses mains squelettiques restent coincées... Il y avait assez de tissus sur sa simple personne qu'on aurait pu habiller toute ma famille...

         A ma propre moquerie je pouffa d'un petit rire, puis soupirant, levant les yeux au ciel et coiffant mes longs cheveux en queue de cheval, assez haute pour qu'ils retombent sur mes épaules. Je fus surprise de voir que la silhouette ne bronchait pas d'un poil et devait penser qu'on irait lui ouvrir, ce que je n'avais pas du tout l'intention de faire. Dans le silence, comme une statue de marbre, sans même regarder autour d'elle, la silhouette restait face à la portant, fixant la poignée. Vous savez, comme fait votre chat lorsqu'il a froid et veut rentrer chez lui. Et bien là, c'était cette chose le chat.

 

         L'insistance de l'intrus commençais à m'inquiéter et je me posais de plus en plus de questions sur qui se trouvait là et que devrais faire ? Il allait être 9h, j'étais prête et je voulais sortir me promener, il fallait que la chose parte. Je l'observa un temps, en réfléchissant, en évaluant la situation à laquelle je devais faire face. Sachant que j'étais adulte maintenant, je devais arrêter de stresser pour rien. Je me motivais toute seule et était tellement occupée que je n'entendis que par chance la deuxième sonnerie que la chose enclencha. Ce ne fut pas la même pour la troisième fois.

 

         Je descendis les escaliers au pied de ma chambre pour arriver en trombe dans le salon quand un murmure me glaça le sang :

 

«Je sais que tu es là ...Je le sais Lou ...Je le sais ...»

 

         La phrase ne faisais que se répéter sans arrêt avec toujours la même voix amusée.  Je ne comprenais pas ce qui se passait mais j'avais vraiment peur.  Je sentais quelque chose d'encore plus terrifiant, la voix ne résonnait pas dans la maison, elle vibrait dans mon propre corps, caressant dans un frisson toute ma colonne vertébrale. J'avais entrepris d'aller lui parler, en adulte, mais la peur qui m'envahissais m'empêchais de réfléchir correctement.

 

         Je traversa d'un souffle le petit couloir qui donnait sur l'entrée et à travers les quatre morceaux de vitres flous de la porte principale, je pouvais voir la silhouette noire relever la tête d'un coup, ce qui me fis soudainement tituber. Je pensais : «Il ...Il m'a vu?» Soudain, comme si l'ennemi m'avait effectivement remarquer, une voix grave mais incompréhensible se fit entendre tout bas dans la maison, un chuchotement qui glissait partout dans les entrailles de la maison et dans mon corps tout entier, je ne pouvais l'éviter. Des incantations qui semblaient diaboliques et dans une langue probablement païenne.

 

         Alors que j'étais pétrifiée et appuyée sur le mur du salon à essayer de comprendre les mots ou au moins à me calmer, un rire terrifiant se fit entendre brisant la voix qui serpentait pour la remplacée par un terrible bruit, un rire à demi-aigu mais fort pourtant, la voix malsaine remplissait la maison de mauvaises ondes qui m'assassinaient comme si chacune étaient un coup de poignard dans mon cœur; et, qui me fit monter les larmes aux yeux. Je me laissa descendre vers le sol en appuyant mes mains sur mes oreilles. Les bruits terribles durèrent quelques minutes, longues minutes, où j'avais rabaissé mes paupières sur mes yeux pour ne plus rien voir. Une dernière fois, une phrase se fit entendre tout le long de ma moelle, longeant alors ma colonne vertébrale comme pour la caresser. Je priais d'arrêter ce supplice vocale mais rien n'y faisait.

 

         Alors que je ne contrôlais plus rien et que je me voyais déjà morte, la voix se stoppa nette et l'ombre étrange se stagna sur ce qui aurait pu être un sourire édenté, peut-être même monstrueux car il semblait tellement large et brillant que je le distinguais clairement à travers le flou des fenêtres. Quand j'ouvris de nouveau les yeux, je n'avais rien. Pas une seule égratignure.

 

         Il n'y avait pas un bruit et deux petits yeux jaunes pétillants pouvaient être aperçu à travers la porte, juste au dessus du sourire démoniaque. Je sursauta et manqua de m'étouffer avec ma salive en les voyant, quel était ce regards inhumains ?! Les deux petites lumières ne clignaient pas et malgré les vitres de la porte qui ne permettaient pas de voir clairement, je savais bien que la chose me fixait comme s'il n'y avait pas eu de porte entre nous, comme si elle voyait à travers moi, à travers tout.

 

         Alors que j'allais ouvrir la bouche pour poser une question ou quoique ça soit d'autre (je ne sais pas ce que j'aurais pu sortir à ce moment là), l'ombre reprit d'une voix autoritaire et horriblement angoissante, une phrase semblable à un ordre mais dans une langue, une fois encore, inconnue. Sans que celle-ci ne bronche, je vis la poignée de la porte s'agiter comme si elle allait casser sous la pression et laissé passer l'ombre. Prise de panique, je me mis à courir pour rejoindre le téléphone et appeler la police, une fois cachée derrière mon canapé, l'appareil en main, je tapa le numéro en coup de vent:

 

«Police, je peux vous aider ?»

 

         J'entendais la poignée grincer de plus en plus, mes larmes coulaient en rythme, tellement rapidement que je les avalaient à grandes gorgées.

 

«Il...Il y a quelqu'un qui ressemble à un assassin qui menace de rentrer chez moi par effraction, je suis toute seule et il vas me tuer !

-Je vais prendre votre numéro et envoyez des agents, ne bougez pas et défendez-vous. Si vous jugez cela nécessaire...»

 

         La poignée céda, plus aucun bruit sauf celui de mon cœur qui bat de plus en plus vite. Et quelque chose d'assez fort qui éteignis la lumière, le téléphone, bref, tout.  Je posa ensuite un regards désespéré et paniqué sur les escarpins à talons de sa mère. Ceux-ci étaient hauts, des talons aiguilles, je pouvais tout à fait me défendre en les enfonçant assez profondément dans l’œil de l'ennemi. Lorsque l'image terrifiante arriva dans mon cerveau je ne me laissa pas le temps d'être dégoutté et m'empara de l'arme avant de retourner doucement vers l'entrée. Ma peur augmenta fortement lorsque je quitta ma cachette derrière le grand sofa.

 

         Je me leva et une chose me glaça le sang, la porte du salon était grande ouverte, je regarda partout autour de moi, il n'y avait rien, je marcha vers l'entrée et vis que toutes les portes de ma maison étaient ouvertes, un ouragan n'aurait fais mieux. Toutes pendaient presque à leurs gonds. J'avais peur, très peur et même si la silhouette ne semblait être dans aucunes pièces rien ne me rassurais.

 

         Je ferma avec soin et inquiétude toutes les portes à moitié arrachées (y compris celle de l'entrée) puis, au moment de partir, 9h45, je m'asseya sur les escaliers pour enfiler mes bottines, je me rendis alors compte qu'il faisais froid, un souffle glacé qui émanait de l'étage où ne se trouve que ma chambre, en m'y rendant, je trouva avec effroi une fenêtre ouverte et un mot étrange gravé dans mon miroir mural comme sous la lame d'un couteau très fin : 'Lou'. Je n'analysa rien, et partit en vitesse après avoir fermé la fenêtre, les policiers en ferrons ce qu'ils veulent, les preuves sont là.

 

         Je partis difficilement vers le parc, laissant à ma mère grand nombre de SMS lui demandant de ne pas rentrer parce qu'il s’était passé quelque chose de grave que je lui expliquerais au soir, que les policiers étaient en train de fouiller la maison, que j'ai pu leur parler seulement un peu. Après avoir vu le mot sur le miroir qui me servirait de preuves de mes accusations, je marcha de plus en plus rapidement vers le grands bâtiment gris et rouge où j'allais passer quelques heures: le centre commerciale. J'avais raccourcis mon trajet afin d'arriver rapidement (ce qui n'étais pas du tout dans mon habitude lorsque j'y allais seule) et à chaque petites rues où les gens me regardaient, je jetais des regards noirs, suspects, anxieux et surtout une aura maléfique qui émanait de tout mon être. Peut-être était-ce excessif mais peu m'importais, j'avais eu peur, et je fus rassurée que dans l'enceinte du centre vers 8h30.

 

         Je me balada dans les boutiques sans rien acheter, j'avais juste fuis. Mon retour à la réalité se passa pendant la pause déjeuner où je rejoignis deux de mes amies les plus proches dans un café, Nina et Morgan.

 

         Nina était le genre de fille un peu 'nerd', elle ne faisait pas spécialement attention à elle. Plutôt grande et fine, peut-être même trop, elle ne vivait que pour l'high-tech et ne donnait raison de vivre à rien d'autre. Elle vivait de nombreuses vies toutes différentes et bien plus intéressante que la véritable sur des jeu de rôle en ligne. Son visage était assez masculin, ses cheveux étaient courts, bouclés et jamais brossés, ses yeux, toujours cernés étaient surplombés de lunettes trop grosse pour son visage ovale et enfin, sa peau était remplis de boutons que Nina ne faisais que gratter. Ma mère se retenait de se pendre quand elle venait dîner à la maison.

 

         Pour ce qui est de Morgan, elle était une intellectuelle en surpoids timide, plutôt petite elle se cachait derrière des livres dès qu'un garçon (même moche) entrait dans ce qu'elle appelle le ''périmètre de défense''. Ses parents lui avaient toujours défendu d'avoir une relation sexuelle avant 28 ans, et pour elle, tomber par hasard sur quelqu'un était un type de préliminaires. Quoiqu'il en soit, elle rêvait du prince charmant et le sien avait l'étrange critère d'être métisse comme les Américains dans les films, en plus, il devra être basketteur. Moi, je n'ai pas déserté les hommes asiatiques, même si j'ai un faible pour Jean Dujardin et Brad Pitt !

 

         Elles ne se mélangeaient jamais avec le reste de l'école, moi si, les gens semblaient me trouver plutôt normale. Tous avais plutôt manifestés de la haine envers elles deux mais je les aimais bien.

 

         Je les ai rejoins à midi et dix minutes précise. C'est l'heure à laquelle ils donnent le Wifi gratuitement aux étudiants. Nina et Morgan étaient assises au fond dans un angle du petit restaurant chaleureux. Je me suis réfugiée vers elle en souriant et en me posant sur un fauteuil je découvris qu'elles parlaient (encore) de garçons. Nina buvait sa limonade sans trop écouter ce que Morgan imaginais dans son avenir amoureux avec Chris (nous ne connaissons aucun Chris mais elle a supposé que son idéal s’appellerait comme ça).

 

«Et toi Jun, t'en pense quoi ?

-Ben, il a l'air très bien ton mec 100% parfait. Quand cet alien arrivera sur notre petite planète tu lui demandera de me présenter son frère, hein?

-Rho tu es comme Nina, vous deux, vous ne savez que vous moquez !

-Morgan tu es trop susceptible enfin, je pense que Jun le trouverais bien ton copain, seulement elle fait la part des choses...

-Mouais ben quand même ! Moi je dis rien quand tu fantasme sur un guerrier elfe ou quand elle fantasme sur ...Tiens, je ne connais même pas ton genre de mec !

-Nina, Morgan, je vais vous le révéler. Mais j'annonce, il n'existe pas, ok ?»

 

         Attirant leur attention, elles se penchèrent vers moi et j'en fis de même vers elle pour rendre ma confession plus intime. Elles m'amusaient et je me sentais bien, alors je commença mon ébauche de l'homme parfait selon moi.

 

«Un blond, parce que je les adore ! Plutôt grand, sportif et avec des yeux rieurs turquoises comme la mer des Caraïbes (je n'y suis jamais allée mais ma mère m'avait montré des photos). Il aimerais beaucoup rire avec moi, me prendre dans ses bras, cuisiner et il ne me contredirais jamais. Il n'oserai jamais rien faire contre moi car son amour serait tellement fort qu'il voudrait me préserver. Si vous trouvez, je voudrais aussi qu'il soit assez riche pour me couvrir d'or et talentueux !

-Ah ben tu vois, Nina, c'est pas moi qui est le plus irréalisable !»

 

         Nous avons ris un moment puis, un de mes bâillements attira l'attention de Nina qui repris :

 

«Tu as mal dormis on dirais, ça fait au moins dix fois que tu bâilles !

-Haha en fait, il s'est passé quelque chose de vraiment bizarre pour moi ce matin... Mais je ne sais pas si je peux vous dire.

-Mais si vas-y ! En plus, ça à l'air grave !

-En fait, j'ai fais un autre cauchemars la nuit, mais personne n'a pu me réveiller, j'ai fais un genre de crise de panique et ma mère m'a conduit d'urgence au docteur qui m'a calmé. Il pense que c'est une maladie de sang très rare, mais ce n'est pas ça j'en suis sûre ...Enfin bref là n'est pas le pire ! Quand je suis rentrée, ma mère est partie travailler et du coup je suis montée m'habiller.

-Ben pour le moment rien de trop alarmant, si ?

-Si Morgan, car pendant que je m'habillais quelqu'un à sonner à la porte, quelqu'un de super bizarre ! Il aurait pu sortir d'un jeu de Nina, tu vois ? Et je n'ouvrais pas, alors j'ai entendue sa voix chuchoter, rire et hurler mais je ne comprenais rien à la langue. C'était un langage très grinçant et bizarre avec beaucoup de sons «ch»... Et a la fin, toutes mes portes ce sont ouvertes et il a disparu en laissant un message sur mon miroir... C'était gravé dans la vitre comme par une lame de couteau et c'était écrit «Lou». Bref j'ai eu super peur, mais c'est finis maintenant, et la police fouille ma maison.»

 

         Un blanc s'installa et j'étais mal à l'aise. Morgan lança un regard à Nina pour savoir s'il fallait me croire étant donné que cette histoire n'avais ni queue ni tête mais Nina était hyper concentrée. Elle  ne se réveilla qu'après en me fixant d'un air sérieux.

 

«C'est pas bon signe, Jun, car cette langue peut être la langue des Titans.

-C'est-à-dire ?

-C'est une légende. Les Titans ont peuplé cette Terre en premier mais ont été décimés pendant une guerre. Ils parlaient l'Epha Sooherien, une langue avec beaucoup de «ch»...

-Je connais cette histoire, j'en rêve depuis presque 15 ans !

-Tu penses que c'est ça ?

-Je ne sais pas, mais dans tous les cas c'est mauvais signe.»

 

         En reculant son buste pour attraper son café à la cannelle, Nina bouscula involontairement une grande jeune fille de l'école, au style sombre qui lui lança alors un regards terrifiant avant de s'éloigner avec ses amies, ses cheveux bordeaux dans le vent. Je ne savais pas grand chose d'elle à part qu'elle s’appelait Sorrow et que son père nous avait quitté il y a quelques mois. Les filles le savaient aussi et Sorrow était devenue le zombie de l'école aux cheveux cerise qu'il valait mieux éviter. Elle a même faillit mourir il y a de cela un an en se faisant méchamment percuter par une voiture! Il y eu une sorte de malaise, puis Nina lui tira la langue, mais seulement lorsqu'elle fut sûre qu'on ne l'y reprendrais pas. Elle pu ensuite reprendre sa mission en se penchant vers moi pour chuchoter :

 

«Bref, de l'Epha.

-En quoi ? Comment cette personne espérait que je comprenne ?!

-Je sais pas, mais tu connais l'histoire peut-être qu'il enquête sur toi depuis longtemps !

-Nina enfin ça ne va pas du tout la rassurer ça!

-Ou-Oui, désolée, Jun.

-Ce n'est pas grave, je devrais m'en inquiéter un peu plus ...»

 

         Je laissa Nina s'excuser pour me poser quelques questions. Pourquoi cette langue? Ce rêve était-il un don, un signe ou un pouvoir? Qui était ce personnage étrange et surtout, pourquoi «Lou»?! Personne dans mon entourage de portait ce nom... Les yeux dans le vide, je salua mes amies avant de m'éloigner pour rejoindre mon bus qui me traînerais entre les rues jusqu'à chez moi, il était 15h et quelques.

 

Crois-moi

 

         Tout était en désordre dans ma tête, je ne savais plus comment y mettre de l'ordre et la remarque de Mélia m'avait tuée, au sens littéraire bien sûr, alors que j'avais souhaité tout oublier et continuer ma vie d'enfant sage. Peut-être que ça n'était qu'une blague de très mauvais goûts faite par un autre étudiant sans vie sociale (ce qui expliquerais son style vestimentaire) mais il était aussi possible qu'un fou enragé ait frappé à ma porte et n'en démordrait pas ! J'avoue que c'est cette deuxième option qui me fit déglutir. J'entra dans mon bus presque vide et m'assis sur un fauteuil contre la vitre, laissant vacante la place de gauche. Après que le moteur ait démarré, j’appuyai ma tête sur les paumes de mes mains, les yeux rivés sur le ciel. J'avais des cernes.

 

         Pour une fois, et c'est sûrement faute d'avoir peur, mon trajet est passé vite, très vite. A mon arrêt j'étais anxieuse comme jamais. J'allais devoir reprendre la route  jusqu'à la maison dans le danger de la nuit qui arrivait déjà. Je n'étais décidément pas rassurée. Il était seulement 16h30 quand je rejoignis le parc esseulé où je décida de traîner un peu pour décourager, au hasard, un inconnu a chapeau melon qui souhaiterais me vider de mon sang. Le vent frais de la fin d'après-midi d'hiver balayais les arbustes et les fleurs avaient disparues. J'étais angoissée du visiteur et un peu mélancolique sans raison, l'atmosphère du parc me rassurait.

 

         Mon expression se dégrada bien vite et me fis vite passer l'envie d'une promenade nocturne quand je croisa, adossés aux murs d'un des bâtiments d'expositions ouverts H24 du parc, face à moi, une bande de rebelles illettrés d'une classe supérieure et d'une école de losers. Ceux-ci, le crâne à demi-rasé, cigarette à la bouche, semblaient rire de moi un moment quand l'un d'eux commença à s'approcher. Malicieusement, je modifia mon trajet et changea de couloir végétal pour celui qui m'était perpendiculaire. Une main sale me rattrapa et soudain, l'odeur de fumée devint omniprésente. C'est deux autres qui apparurent face à mon dos recourbé comme celui d'un chat effrayé.  Le plus chauve des enfants de yakuzas, sourit comme un diable et serra mon coude comme s'il voulait le faire disparaître en morceaux, sans faire attention a mes gémissements de douleurs et de peur. Les trois sont partout, l'un devant et deux autres derrière. Celui qui me faisait face parlait d'un ton moqueur :

 

«Allez fais pas  comme si tu ne nous avais pas vu ma jolie, on veux aller boire un verre avec toi, chanceuse. Tu nous paye de quoi picoler un peu ?

-Tu peux rester même si tu veux, je peux faire bien plus que boire, fit l'autre avec un sourire pervers terrifiant, allez poulette, lâche l'affaire.

-Laissez tomber, plutôt crever que d'être avec l'un d'entre vous !»

 

         Après m'être férocement débattue en vain, je piétina le pied de celui qui serrait le plus fort, incitant les autres à bouger, l'un m'attrapa violemment par le poignet et je le mordis sans retenue, ce qui fit hurler l'agresseur qui recula d'un bon mètre. Les deux autres eurent soudain un visage beaucoup plus sombre et des insultes commencèrent à volés librement. Je profita de leur colère pour pousser de toutes mes forces et m'échapper en courant vers le bâtiment le plus proche, le bar était fermé, mais j'avais trouvé un couloir avec des escaliers que je gravis en vitesse. La cachette que je venais de trouver menait au toit, c'était si haut.

 

         Je n'avais pas le vertige, loin de là, en plus d'être une courageuse dans l'âme, et bien que maladroite, j'aimais assez la hauteur, mais avec modération. Je pria tous les dieux pour ne pas me blesser et m'approcha du gouffre pour voir tout ce que j'avais gravis. Quatre étages, ce n'est quand même pas rien, c'est haut, ça fait bien 13 mètres non ? Quelle idiote, pourquoi je suis montée me balader ici … Je vois ma maison, à quelques mètres d'ici, plus de policiers... Le bruit des pas qui accours me tirent de mes pensées. Impossible de sauter mais les rebelles arrivent déjà derrière en ricanant de nouveau. Celui qui venait de finir sa cigarette l'écrasa au sol avant de reprendre :

 

«Laisse tomber, je te dis ! On t'as eus !»

 

         Je commençais à avoir vraiment peur, imaginant ce qu'ils voulaient de moi et émettant des hypothèses sur le pourcentages de chances que j'avais de survivre à cette journée. Mais le vent qui léchait goulûment mon visage me rendait plus forte, alors je monta sur le rebord du petit muret, cherchant un échappatoire près de moi et si possible, le moins mortel du coin. Je tournais dans tous les sens,  apeurée comme si j'étais un oisillons que des chats s'apprêtaient à dévorer. Mes yeux s'embrumaient de larmes et les leurs, luisaient de méchanceté. Brusquement, alors que je m'étais tournée pour les regarder s'approcher, j'aperçus juste derrière eux, quelque chose d'encore plus effrayant. Une chose du même type que celle du matin, sauf que cette fois, c'était plus petit et ça ressemblait à une jolie femme blonde platine fronçant des sourcils fins en me fixant. L'apparition dorée avait un air d'enfant mais me fis trembler malgré tout, quand sa voix triste et éteinte me figea complètement :

 

«Vas-y, saute.»

 

         Bien qu'il ne s'agissait que d'une jeune fille transparente et lucide comme l'eau, son visage était enlaidis par la tristesse et la douleurs mais on pouvait quand même y découvrir une personne magnifique, mimant un sourire chaleureux. Je crus en un fantôme puis, notant quelques traits similaires au miens, je pensa délirer. Après avoir totalement déstabiliser ce qui me restais de bon sens, sans se faire entendre par les rebelles, le fantôme resta muet, elle se tue, me fixant inlassablement, sans bruit, lourde comme une pierre à l'intérieure de sa robe blanche flottant comme la mer sous chaque bourrasques de vent. Ses cheveux aussi dansaient dans les airs, mais trop lentement pour que ça soit l’œuvre du vent. Elle flottait tout simplement. Je la fixais jusqu'à l'intérieur de ses pupilles, nos regards ne cessaient de se croisés mais il n'y avait aucune réaction de sa part en réponse à toutes les questions que je me posais intérieurement. Qui était cette personne ? Avait-elle un rapport avec celle de ce matin ? Et pourquoi diable je penserais à sauter du haut du toit ?! J'hurla :

 

«T'es dingue ou quoi? Je ne vais jamais sauter !»

        

         Les rebelles firent une moue étrange face à cette soudaine perte d'attention de ma part, et se retournèrent pour voir avec qui j'avais bien pu communiquer cet échange presque silencieux. Ils eurent beau chercher partout sur le toit, ils ne virent rien alors que le fantôme n'avait pas bouger. Elle me communiqua un sourire fier et étourdissant pour répondre à mon choc de comprendre que j'étais seule à la voir, et à cette vue, je sursauta en criant, les rebelles inquiets et embêtés se tournèrent de nouveau pour tenter de comprendre mais même si leurs capacités s'étaient développées en quelques micro secondes, ils ne l’auraient pas vu, c'était trop tard, elle avait disparut, il ne restait plus rien. Le regards des agresseurs qui s'était posé avec une grande incompréhension sur le lieu de nouveau désert, se posa  encore sur moi avec un air de colère sans fin. Je tituba et, un peu interrogative, lança un dernier regard au leader du gang qui riait à cœur joie en voyant que j'étais haut perchée sur le muret construit contre le rebords du toit plat, que je risquais ma vie juste pour leur échapper. J'aurais adoré rire avec lui, mais quelque chose glissa sous l'un de mes talons, comme si quelqu'un dans l'air l'avait attrapé pour me tiré vers le bas et mon pied alla se perdre dans le vide, entraînant avec lui tout mon corps, bien que j'eus tendu les bras vers le ciel. Mon saut dura quatre étages, treize mètres exactement, et j'étais presque sûre que la jeune fille aux cheveux d'argent et aux yeux de lune m'avait fixer lors de mon saut vers la mort, assise face à la fenêtre du troisième étage, une main posé sur la vitre et un air soulagé et ému sur le visage. Je ne sentis pas mes os se briser tout le long de ma nuque lors de mon atterrissage, juste une fin causé par ma propre panique et la voix du fantôme, clore mes paupières :

 

«Enfin, tu es morte. Il va falloir tout recommencer.»

 

         Vous savez tous ce qu'est un jeux d'échecs, pas vrai ? Avouez que pour la plupart d'entre vous, vous ne savez pas y jouer. Vous me pensez folle ? Vous vous apprêtez à partir, à me laisser ? Avouez que vous aimeriez déjà connaître la fin de cette histoire sans avoir à en subir la longueur. Vous avez peur ? Dieu que j'aie eu peur, moi. Je reste debout face à mon jeu d'échecs aujourd'hui encore, des pions s'écroulent, meurs et d'autres naissent sous mes yeux, j'en vois survivre de peu, et d'autres tomber de près.  Je ne fais rien. C'est le hasard ? C'est le destin ? Peu importe après tout, non ? Je ne peux rien faire, je regarde juste et quand j'ai peur de quelques uns, d'autres me rassurent. Quand des arrivent, alors d'autres repartent. Je joue une interminable partie d'échec, et toi, tu penses partir car comme les autres, tu crois connaître une fin prévisible. Je ne sais pas moi même comment tout ça vas finir. Je vais gagner ? Perdre ? Combien de pions me restera-t-il ? Combien en ais-je déjà perdu ? Je joue juste, vide de sens et de sentiments. Je suis seule parfois, et peut-être qu'aujourd'hui je serais avec toi. Mon nom est Jun et c'est moi qui raconte cette histoire, mon histoire. Ma vie, à la base, n'était rien de plus que la vôtre. Je suis juste une fille, déçus parfois mais heureuse souvent. Mais qui peut dire et juger ce que nous sommes ? Qui en a le pouvoir ? Qui est assez idiot pour pouvoir déduire ce que quelqu'un doit faire sans que celui-ci ne puisse faire autrement ? Personne ne le peut.

         C'est éblouissant, trop lumineux, je ressens une certaine chaleur apaisante se poser sur moi, je sais que je suis couchés sur le dos contre un sol chaud. Mes yeux sont toujours fermés et un soleil doux vient lécher mes jambes dénudées. Un vent très léger, quant à lui, caresse mes joues qui semblent à l'ombre. Je ne sais pas si je suis au paradis, le paradis était-il chaud comme l'été ? Peut-être que finalement c'est en enfer que je me trouve. Je ressens une douleur légère dans mon dos alourdis, mais puis-je seulement continuer de ressentir le mal ? Mes yeux ne s'ouvrent pas malgré mes essais déterminés. Je ne sais ni où je suis, ni si je suis en vie ou non.

 

         Je bouge doucement mes ongles manucurés la veille de sorte à griffer doucement un sol meuble et naturel sans que je ne puisse comprendre l'endroit où j'ai atterrie. Je n'ai pas tellement de force encore, mais je réfléchie... Je suis tombée du toit du bar du parc. Je devrais m'être écrasée sur le goudron de la cour ou encore dans le jardin en galets de Mme Perkins... Mes os seraient, dans les deux cas, brisés et je serais morte, je souffrirais ou alors, j'aurais survécu mais serais dans un hôpital. Aucunes de ces solutions ne pouvaient être envisageable pour m'indiquer sur le lieux actuelle où j'étais censée reposer.

 

         Il faisait vraiment bon, le soleil continuait de caresser mes jambes nues et la brise faisait voleter quelques flots de ma jupe. Je sentais les rayons épais réchauffer une partie de mon corps, je sentais la lumière mais je ne voyais rien. Je me concentrais sur les sensations, je n'avais pas mal mais je ne pouvais pas vraiment bouger, comme si mes muscles étaient condamnés, je m'enfonçais lourdement dans un sol poudreux et chaud. Je forçais mes paupières qui se froissaient jusqu'à s'ouvrir finalement, doucement. Mon regard se porta alors sur le plus magnifique morceau de ciel bleu que je n’avais jamais vu. Le soleil m’éblouissait et je referma ma vision pour quelques instants. Sur le tableau ensoleillé je trouva quelques duveteux nuages, tellement gros qu'ils me semblaient faux, je n'avais jamais eu a faire à ce genre de temps. Je souffle profondément pour reprendre un peu de forces et récupère le contrôle de mon corps engourdit, je devais être là depuis longtemps. Je me relève en tremblant sur les coudes, je suis recouverte de terre sableuse sur tout le dos. Je me tourne pour voir ce qui se trouve face à moi et tombe nez à nez avec une petite tour en ruine bâtie à la main par d'anciens architectes qui devaient être remarquables. Les colonnes sont ornées de dorures semblables à la dentelles et les pierres sont faites avec une terre couleur safran. Des branches de lièges fleuries descendent en courant chaque morceaux rougeâtres de la tour, principalement les restes des piliers encrées dans le sable roux. Le soleil traverse la petite tour très tendrement, un peu comme s'il l'enlaçais. Le sol en dalle surplombe le reste du paysage, j'imagine qu'un jour, cet endroit servait de terrasse sur laquelle une princesse prenait son thé. Imaginer ce genre de scénario était ma première fausse impression là-bas...

 

         Je me lève au centre de ce qui reste de la ruine, elle est dépourvu de toit mais à en voir les morceaux arrondis de Lapis Lazuli poli ensevelis dans le sable, il y eut une coupole sur la tour qui dû être détruite par une sorte de guerre. Je frotta le sable sur les restes du toit pour remarquer les dessins sculptés magnifiques qui s'y trouvaient. On se croirait dans un paysage féerique avec les animaux et les paillettes en moins, car tout était désert. Je reste debout au centre, éclairé par les projecteurs naturels. Sur les dalles oranges du sol, une grande phrase est écrite dans une sorte d'encre et celle-ci est écrite sous la forme d'une spirale recouvrant alors la surface de tous les pavés rougeâtres. J'aurais aimé la lire mais son état est discutable, sans compter que les signes m'étaient complètement inconnus. Mes yeux pointent alors l'horizon, cachée derrière les colonnes, et je me rends vite compte que savoir où je suis ne sera pas quelque chose de facile.

 

         En effet, autour, la petite tour tiens à peine sur sa presqu'île de sable orangé. Ce même sable longe un véritable lac d'où sortent d'immenses piques de cristaux blancs reflétant de manière très agressive les rayons du soleil. Curieuse, je m'approche de la source et me penche au dessus de celle-ci qui est très nette et profonde, sa pureté est incroyable et les poissons y sont nombreux et colorés, ont se croirait dans un rêve. Je marche un peu, baladant mon regard sur les vagues fines et confirmant mon hypothèse d'être morte et à jamais au paradis, puis, me penche de nouveau pour tremper un doigt. L'eau est tiède et l'intérieur du lac est aussi en cristal, d'ailleurs et de ce fais, il n'y a aucuns insectes, aucunes mauvaises algues et aucunes imperfections que je puisse noter. Celui-ci ressemblait à une sorte de piscine de cristal dans laquelle je pouvais plonger. C'était superbe, mais je ne pouvais m'empêcher de dévier mon regard pour qu'il quitte la vision de  l'eau pour voir plus loin. Alors, je m’inquiéta. Derrière le lac, on ne voyait que le désert rouge à perte de vue aplatit sous le relief des hautes montagnes qui semblaient être à des milliers de kilomètres. Où étais-je tombée ? Je ne me souvenais de rien après ma chute et il n'y avait pas l'ombre de qui que ça soit ayant pu me raconter ou m'amener plus loin. Pour un paradis, ce n'était pas aussi accueillant que ce que nous vends le catéchisme...

 

         Peut-être que j'étais simplement morte après tout et que c'était ça qui se passait après : on restait seul à gambader dans le sable et à se baigner. Quoi qu'il en soit, il devait y avoir un indice quelque part et je devais le trouver. Ou, si j'étais vraiment morte, je trouverais quelqu'un ou quelque chose à faire pour ne pas passer l'éternité assise au bord du lac de pierres précieuses. J'hésita à traverser le lac mais en m'y baissant de nouveau, je me demanda quels genre d'animaux étranges pourraient sortir des abysses pour me dévorer … Finalement un drôle de bruit me détourna de ma réflexion. Une sorte de battement réguliers d'hélices fendant les flots du lac à l'opposer de là où je m'étais assise. Je me leva et commença à marcher en me demandant si ce bruit n'était pas celui de la jeune fille aux cheveux d'or qui m'était apparu au lycée et qui m'aurait donc sauvé. Puis mon pas se ralentit gravement ...Cela pouvait aussi très bien être la silhouette étrange qui m'avait fait si peur au matin. Je me cacha derrière un pilier en assez bon état et ne regarda pas tout de suite l'origine du son. Je sentis que le bruit de broiement se rapprochait pourtant avec insistance, je me tourna alors pour faire demi-tour mais tomba nez à nez avec un petit panneau de marbre usé et cloué sur une poutre de la tour. Je ne l'avais pas remarqué plus tôt et plissa les yeux pour y lire ''visiteur, nous fêterons ta mort''. Je ravala ma salive et tituba en arrière. Au revoir toutes images d'une princesse et de son thé, bonjour à celles de démons dansant autour de ma dépouille en riant. Je manqua de glisser dans le grand lac à la manière dont j'avais du le faire sur le toit du bar. Je n'avais pas choisis d'être ici ...Allais-je quand même compter comme un visiteur ? Une voix d'homme aiguë appela de l'autre côté de la tour et me fis revenir à la réalité par un sursaut :

 

«Y a quelqu'un ici ? Je fais un passage par heures, je reviendrais pas toutes les deux secondes alors si y a du monde venez que je vous ramène. J'ai entendu du bruit, je suis vieux mais pas encore sourd, non mais ! Bougez un peu sinon vous risquez de prendre un bain ...Un sacré bain et vous vous ferez dévorer par les labyos.»

 

         J'hésita un moment, incrédule mais me dirigea vers la rive pour répondre au plus vite car l'idée de me faire dévorer (même par quelque chose que je ne connaissais pas) me déplaisais quelque peu.

 

«Oui ! J'arrive ! Je suis là, ne partez pas !»

 

         La simple idée de savoir qu'il y avait des gens ici me rassurais car j'avais craint de me retrouver seule pour toujours, ce qui était limite pire que de revoir la silhouette du matin. Je traversa la tour à pas de géant pour arriver à ce qui avait dû être l'entrée il y a des siècles de cela. Attentive au son, je me retrouva face à l'eau avec la déception d'être seule. La seule chose qui m'était apparu c'était une sorte de radeau a hélices. Je pensa d'abord à me précipiter à l'intérieur pour pédaler jusqu'à l'autre rive mais lorsque je voulu détacher le nœuds du bateau je tomba en face d'une sorte de hamster géant tapotant du pieds dans le sable avec mécontentement. Il devait mesurer plus d'un mètre et m'arrivait aux nombril, il portait une chemise vintage à carreaux violets et fixait sa montre.

 

«Il n'y a personne ... Où êtes vous ? Il y a une sorte d'ours avec moi ...

-UN OURS ?! Mais c'est insultant, enfin !

-Hein, mais qui parle ?!

-Je suis l'ours en question, tiens !»

        

         L'animal soupira, me tira grossièrement la langue en me fixant dans le blanc des yeux, et sous mon air ébahis, détacha le pédalo.

 

 

«Bon t'as finis de me dévisager ! Monte.»

 

         Où étais-je tombée ? Je frémis en réalisant que je faisais face à un animal qui parle et m'approcha. Il tendit la main vers le large, désignant alors son petit véhicule aménagé de deux fauteuils à l'arrières sous un toit de rondins et un siège conducteur où les pédales attendent d'êtres activées.   

 

«Je ne vous fais pas confiance...

-Bon très bien, moi ça me fais une belle patte tout ça. Mais si vous ne partez pas assez tôt le lac va monté et ensevelir la tour. Vous savez nager ? Attendez la suite ! Des labyos rôdent à l'intérieur, et eux, vous empêcherons toutes chances de survivre.

-Des labyos ?

-Un monstre marins. Bleus, grand, lourd et imposant. Un genre de gros léviathan, m'dame.»

 

         Je repris ma salive et monta m'asseoir à l'arrière, m'attardant sur la décoration étrange et décalée. Les couleurs étaient chaudes et rassurantes, comme la chemise de mon chauffeur, mais les poissons accrochés aux murs de bois pour décoré étaient bien plus étranges que tous ceux que j'avais vu. Quelques uns étaient cloué directement sur les poutres des murs et avaient des lunettes disco au style des années folles, ou encore des perruques afro.

 

«Je t'amène de l'autre côté de la rive, il y en a pour 1H de pédales parce que j'ai de petites pattes mais évidement si t'es pas contente tu peux toujours pédaler, hein ?»

 

         Je répondis non de la tête, n'osant pas trop répondre et me persuadant doucement que c'est bon, je rêvais. Il passa un bon moment à se dandiner, il tapota les murs en bois avec sa queue, ce qui me fit immédiatement penser «Un castor ? Mais bien sûr !» Il s'assit enfin à l'avant, soupira et avant de commencer à pédaler, tapota ses petits pieds pour bien les installer. Le trajet commença alors, et le début se déroula dans un très lourd silence, il n'y avait rien, le paysage ne changeait pas, comme si c'était interminable et la seule distraction était ce vent chaud de la fin d'après midi, coulant avec le claquement des vagues contre le radeau et le broiement des hélices.

 

         Vers 17 heure seulement, il arriva quelque chose. En effet, le castor qui s'était montré depuis le début du voyage silencieux et désintéressé se stoppa au milieu du lac pour se retourner vers moi. Je demanda inquiète en vu d'être perdue au centre de l'eau où plus aucunes rives n'étaient vraiment visibles. De plus, il commençait à faire sombre dans le ciel.

 

«Quelque chose ne vas pas ?

-Je voudrais que tu vois quelque chose de très rare ici, mais il faut attendre cinq minutes.

-Bien ...»

 

         Il plaça ses petites pattes en éventail sur le volant de bambou et nous attendîmes dans une silence pour une dizaine de minutes. Je m'appuya au fond de mon siège dans le but de me faire toute petite. Le décor était très étrange, les nuages qui avaient noircis avec le temps disparurent peu à peu pour dévoiler un ciel noir est remplis de million d'étoiles dorées, on se serait cru au milieu de la voie lactée. Le spectacle que je pensais finis me fis sourire par sa beauté je commença :

 

«Merci c'était vraiment …

-Chuuuut !»

 

         L'animal fronça les sourcils en appuyant un doigts sur sa bouche évitant quelques postillons s'échappant de ses deux grandes dents. Les étoiles étaient magnifiquement nettes, si l’œil humain en avait été capable, on aurait pu les compter. Je leva alors les yeux pour les regarder quand quelque chose ne me stoppe et ne me bluff à nouveau. Il n'y avait pas le même ciel que les autres soirs. Il y avait trois lunes, joliment répartis sur le panorama nocturne et alignées, l'une étant blanche et plutôt petite, l'autre rouge et moyenne comme une lune normale et enfin, la plus lointaine était verte et gigantesque. Sans même que j'y pense, la question sortie de ma bouche :

 

«Mais pourquoi y a-t-il trois lunes ?

-Il n'y a aucunes lune en vérité, nous en sommes trop loin je présume. Nous avançons vite en ce moment. Bref, celles-ci sont des planètes qui nous sont proches pour le moment, on vous expliquera si vous le demander aux bonnes personnes. Oh ! Vous êtes prêtes ? Le grand spectacle vas commencer !»

 

         Il n'avait pas vraiment donné réponse à ma question, mais je dû m'en contenter car de toutes façons, ce qui se passa après m'acheva. Des planètes, c'est une planète aussi la lune en un sens, non ? En bref, je plongea ma main dans l'eau pour croiser les vagues, dans la nuit, seul le fond du lac brillait encore l'argent turquoise, comme s'il était fluorescent, faisant ressortir la couleur de l'eau. Cette source de lumière était magnifique et ce n'était pas finis. Comme si ce n'était qu'une animation, les pics de cristal se mirent à changer de couleur, passant du rouge au vert, avec le reflet des pseudo lunes. Ils ont déployés leurs panels de couleurs et c'était sublime. Ce spectacle était de loin aussi beau qu'une aurore boréale. Les vagues brillantes comme un miroir venaient frotter les bases des pics, enfin, les lumières perdirent leurs intensités et tout redevins simple et sombre comme une nuit normale devrait l'être sous trois lunes. Ce festin me vola un sourire, quand, l'animal repris les pédales :

 

«Ne trouvez-vous pas qu'il suffit de voir ça pour être heureux ? Sans ça, mon travail serait bien monotone.

-Je suppose... C'est si magnifique. Merci beaucoup de me l'avoir montrer.»

 

         Il haussa les épaules. Le spectacle n'avais pas duré très longtemps et pourtant, il avait été magnifique. Mais aussi très étrange, je ne savais toujours pas dans quel genre d'endroit j'avais atterrie ni même comment j'étais arrivé là ! Jamais on ne m'avait dit qu'il y avait des lunes au paradis! La peur de parler à un castor m'envahissais, j'avais vraiment besoin de voir quelqu'un de normal... Vraiment.

 

         La fin du trajet fut alors la plus longue, il ne disait rien et le paysage avait toujours l'air figé. C'est seulement à mi-chemin vers l'arrivée que mon chauffeur remis l'ambiance. Il tapota son siège comme un petit tambour en sifflotant un air vraiment jolie dont seulement quelques paroles lui revenaient à l'esprit. J'écouta un moment puis, inconsciemment, me mit à fredonner quelque chose que je ne connaissais même pas avec lui.  Cette route musicale dura jusqu'au bout du chemin sans que je ne pose la moindre questions. Parfois, le conducteur se tournait vers moi et chantait un peu, il souriait, et finalement, il avait presque l'air de bonne humeur. Mais malheureusement, cette euphorie ne me permis pas de le couper pour poser ma multitude de questions, je fus juste rassurée, et baissa un peu ma garde. Les questions que j'avais je ne pourrais les poser qu'à quelqu'un d'une grande confiance et pour cela, il faudra probablement qu'il soit … «Comme moi».

 

         L'eau se fit entendre une dernière fois sous le petit pédalo, un claquement délicat et agréable. J'étais arrivée. Lorsqu'il ne resta que quelques minutes pour atteindre la rive, mon conducteur me fis descendre dans le sable, et n’attendit pas de remerciements : il disparu dans la mer sans que je n'eus rien à dire et avant même que je ne me retourne pour le saluer. Je réalisa avec horreur que je me retrouvais donc seule au milieu de la nuit dans un désert que je ne connaissais pas. Je m'avança pourtant vers un tout droit que je ne pouvais pas identifier.

 

         Le paysage durait, il ne semblait pas y avoir de fin, et je commençais a gravement fatiguer. Mes cheveux volaient, pousser par le vent froid du soir et le sable encore chaud venait m'attaquer en s'en prenant à mes yeux puis, en bombardant tout mon corps tranchant de terribles lignes de sang sur mes jambes et frappant mon visage comme un coup de fouet. J'avançais en faisant de mon mieux pour ne pas prêter attention au bruit d'animaux affolés par la tempête de sable et pourtant, alors que sans m'en rendre compte, je ralentissais ma marche, j'entendis bouger le sable tout près et en grosse quantité. Les jambes engourdies, je décida de ne pas y faire attention non plus, de continuer ma route jusqu'à trouver quelque chose. Glacée par la nuit maintenant tombée, affamée et épuisée, je marcha vers un endroit inconnu, traînant les pieds et priant pour qu'il y ait quelque chose au bout de la route. Quand le bruit des crépitements du sable furent plus intenses, mon erreur fut de penser à un pauvre petit serpent inoffensif.

 

         Alors que je faisais de mon mieux pour marcher dans le sables qui m'encombrais, quatre soldats caché sous une armure de tissus rouge au style orientale qui ne laissaient apparaître que leurs yeux de vipères, en sortirent et m'encerclèrent. Dès que je les vis, émerger du sol comme si le vent lui même les découvraientt, je m’écroula sur mes genoux, à terre en soupirant, je ne voulais pas lutter et je pria pour que ces hommes me trouve de quoi survivre et m'amène à une ville. Ils se regardèrent alors étonnés, empoignant pourtant leurs lances d'ivoire pour les pointées vers moi. Je baissa la tête acceptant ma deuxième mort avec un calme étonnant venant de moi. L'un s'avança mais sa route fut barrée par la main d'un autre, plus grand et dans une tenue plus sombre, qui prit sa place face à moi. Il enleva son bandana et je pus apercevoir un homme aux cheveux rouges assez long pour qu'il en fasse une queue de cheval. D'une beauté lumineuse dans la nuit, couvert de tatouages. Il me sourit et je vis une lueur dans ses yeux noirs. Il me releva alors que je titubais sous la fatigue et je l'interrogeais du regard. Il présenta ses compagnons de la mains, accentuant mon étonnement de voir qu'ils parlaient, eux aussi, dans ma langue.

 

         Surtout, je fus étonnée de voir que celui qui était le chef de la troupe était ravie de me voir... Il se jeta sur moi, m'agrippant les épaules par sa poigne d'acier et souriant :

 

«Je t'ai trouvé en premier on dirait, bienvenue chez toi Sirel, je suis Shadinus  mais on m'appelle Shade et nous allons bientôt devenir amis tu verras ! Eux, ce sont mes soldats personnels, je suis le chef du clan rouge. Tu avais hâte de revenir pas vrai ? Ton mari vas être content, mais te fais pas trop d'idées, il a prit vachement de rides par rapport à toi, le vieux ! D'ailleurs c'est bizarre que tes cheveux soient si foncés, non? Enfin non, je veux dire ça te vas bien mais ...C'est différent de sur les tableaux parce que dans les textes tu es dites aux cheveux d'or … Mais bon, c'est très beau aussi comme ça, ne te méprends surtout pas, hein ! Ahhh je te promets depuis que Suguu t'as vu dans la ville tout le monde te cherche !

-Oh je ...En fait, je ne sais pas trop de quoi vous parlez, je ...Comment dire ? Disons que je euh ...Je m'appelle Jun et je ne sais pas ce que je fais ici, je dois rentrer chez moi.»

 

         Sa main qui trifouillait mes cheveux durant son discours se stoppa net après ma réponse. Il y eu un silence et il reprit avec un regard noir en direction d'un de ses soldats qui répondis totalement paniqué :

 

«Jun ? Je me serais trompé ? Toi ! Tu crois que je me suis trompé ?

- N-Non, monsieur ! Sûr que c'est elle...»

 

         J'attira de nouveau leur attention sur moi pour m'excuser en agitant mes mains :

 

«Non … Ce n'est pas ce que je voulais dire ...Je ne veux pas vous vexer mais...Je ne m'appelle pas Sirel et je ne suis jamais venue ici, on m'y a sans doutes emmener pendant que je dormais alors ...Shadinus … Tu comprends personne ne m'attends ici... Je suis toute seule.

-Mais pourtant tu lui ressemble tellement !!»

 

         Il soupira et me regarda avec compassion :

 

«De toutes façons si tu es là c'est que tu as été invitée alors c'est bon …

-Je suis désolée, mais c'est impossible que je sois celle que vous cherchez, je veux juste rentrer chez moi … Je ne connais aucune Sirel... Et en plus de ça je ne suis même pas marier. Je ne pense pas que quelqu'un m'ait invité, tu sais ?

-Est-ce que tu nous autoriserais à t'emmener pour en être sûr ? Et puis, tutoie-moi s'il te plaît, je ne suis pas si vieux que ça ?

-Pourquoi pas ...Je n'ai nulle part où aller ici, de toutes manières ! Et puis je suis épuisée.»

Nouvelle Vie

        Je soupira et haussa les épaules tandis que le clan rouge échangeait un regard avec leur chef pour se donner toutes sortes d'ordres muets. Shade sourit de nouveau et prit ma main pour m'emmener avec entrains. Il était plutôt beau et avait l'air d'avoir tout juste 25 ans. Le fait d'avoir trouvé quelqu'un comme lui alors que j'étais perdu à fait que marcher trois heures dans le sables chaud ne me fit aucun effet. Au final, nous sommes arrivés dans un clan de petites tentes en toiles rouges, toutes placé selon un calcul millimétré. Il devait y en avoir une trentaine et les soldats ne s'attardèrent pas à nos côtés longtemps puisqu'ils leur fallait s'éparpiller entre les tentes marchandes et leurs propres lieu de repos. Comme je l'aurais souhaité, Shade resta à mes côtés et nous traversâmes le clan rouge pour rejoindre une immense tente rouge foncée, posée au fond à droite d'un enclos de bois. Les soldats de partout saluaient le chef avec respect tandis que celui-ci avançait rapidement sans trop y faire attention. Il me fit entrer dans la grande tente où se trouvait quelque personnes qui devaient être supérieure au reste du clan, il leur parla dans une langue que je ne connaissais pas et dû leur parler de moi avant de me traîner dans une autre salle où nous étions seuls. Il me servit une sorte de soupe que je bus machinalement :

 

«Euh ...Shadinus ? Où allons-nous ?

-On vas savoir qui tu es, je t'emmène dans le centre-ville pour que tu vois des gens en particulier qui vont éclairer ta lanterne.»

 

         Il tira la langue et fit une moue arrogante qui me parut plutôt sexy. A vrai dire, l'idée d'une ville réchauffa mon cœur, je voulais voir des gens humains, comme Renji et comme moi, je savais que ça me ferais du bien.

 

         L'homme me fit un clin d’œil et m'appela à le suivre dehors, il salua les hommes de la grande tente, qui répondirent malgré le travail qu'ils avaient l'air de fournir pour décrire une carte. Moi je finis les dernières gorgée de la soupe amère et semblable à un genre de betterave … Nous sommes allés dans le pré de droite, où, après avoir marché un peu, nous nous sommes retrouvés nez à nez avec une sorte de monstre ailé recouvert d'une peau rugueuse de dauphin. Ses couleurs de jaunes et de bleues étaient tracées sur son corps comme des dorures où de la dentelle mais sa tête cornue et sa mâchoire acérée ne me disait rien de bon. Je m'évita un cri en appuyant mes mains sur ma bouche et Shade se mit à rire d'un rire sadique, presque un fou rire ce qui me fit un peu peur. Les membres de l'animal étaient musclés et il semblait très puissant, il se tourna lourdement vers nous et je vis sur sa poitrine bombée, des veines gonflées de puissance. Au centre, un cœur luisant battait, visible par une couleur rouge en travers de sa chair. Je fus choquée de voir le colosse tenu par une simple chaîne reliant son cou à un pilot de bois.

 

«Ah, Jun, je te présente ma petite-amie, Salanar. Elle est pas si imposante que ça tu sais ?

-Euh ...Pour moi, plus de deux mètres ça compte comme imposant tu sais …

-Ah … Cet animal qui te terrorise fait 3m25 ou un truc comme ça, je crois... Je sais pas vraiment mais ce que je voulais dire c'est que comparer à toutes les drôles de trucs qu'on trouve ici, elle c'est un mignon bébé pour moi !

- Ça me rassure, merci ...Mais euh ...C'est quoi au juste ?

-C'est un, ou plutôt une, Jehan. Race de petits dragons vivant ici. Ils sont sauvages et étant des «petits» monstres ils servent souvent de montures, comme elle donc, ou de pâtée pour gros dragons quoi!

-Mais c'est quoi ces bestioles ? Où je suis tomber ? En Afrique ?

-Haha, c'est des montures je t'ai dis, ce que tu dois connaître comme euh ...Ah merde, Stolas m'avait appris euh ...»

 

         Il eu un temps d'absence qu'il passa à réfléchir avec un air amusant avant de s’exclamer :

 

«Ah ouais ! Des animaux domestiques ! Et non pas l'Amphrik mais mieux : tu es arrivée au cœur de Ephaëlya.»

 

         Je ris et lui donna une tape sur l'épaule. Il avait l'air ravis pour moi, alors je fis de mon mieux pour l'être aussi, m'imaginant que quelque chose de bien m'arrivait. Je grimaçais un peu, mais j'avais confiance alors je posa quelque questions. Où était Ephaëlya, et qu'est-ce que c'était au juste ? Jamais je n'avais entendue parler de cette île bizarre où les paysages s'enchaînent comme si la Terre n'avait fait que quelques kilomètres et où les animaux parlent ? Où les dragons existent ? Je n'eus pas vraiment le temps de réfléchir que Shade m'attrapa par la taille et me déposa avec délicatesse sur la croupe de l'animal, je frémis et cria de peur. Il monta à son tour pour me calmer et se mit juste devant moi. Il attrapa les cornes de l'animal et je me jeta immédiatement sur sa taille. J'ai dû serrer tellement fort qu'il aurait pu être étouffé. Pourtant il se mit de nouveau à rire. Alors que quelqu'un d'autre aurait pu crier de douleur, il rit. En voyant son sourire rayonnant je ne pu m'empêcher de sourire aussi et de me sentir mieux … Au moins un peu, mais au moment du décollage, quand la bête déploya ses ailes et crispa son corps sous mes hanches, je repris mon stress qui me serra le cœur :

 

«C'est partit, Salanar ! Hé,  Jun, je ferais pas de loopings, promis !

-Gloups ! Oui, faisons une simple ligne droite, okay ?

-Tu vas adorer, ma belle, c'est l'un des meilleurs moyens de transports ici !»

 

         Il eu un rire sadique alors que je me disais ''contente-toi de rester en vie ma grande''. J'étais bouche-bée. J'allais faire des acrobaties dans les airs sur une sorte de dragons alors que rien de tout ça ne pouvait être vrai !

 

         Je ravala ma salive et ferma les yeux, il poussa un cri dans une langue étrange et indigènes qui fit s'élever le dragon dans les airs d'un seul coup, bref. La montée fut terrible, l'air me poussait vers le bas et j'avais peur que Shade ne se détache de mon emprise ou chute avec moi. Seulement après une minutes, Salanar avait trouvé sa bonne vitesse et la bonne hauteur alors elle arrêta de monter et ralentit un peu, ses ailes se laissaient aller sur le vent frais et je retrouvais peu à peu la vie. J'ouvris mes yeux, larmoyant de peur, et regarda Shade fermer les siens pour étendre ses bras vers le ciel, puis, de chaque côté de lui comme pour imiter les ailes du monstre. Il levait la tête et respirait l'air pur du ciel. Je me calma avec lui et il se retourna pour me hurler :

 

«Tu vois ? C'est plutôt cool, non ?

-Oui ...C'est calme maintenant.

-Tu sais, tout ce que tu connais vas changer.»

 

         Ses mots étaient fort mais il continuait de me sourire chaleureusement.

 

«Je le sais ça m'est arrivé à moi aussi tu sais, on est pas là par hasard. Si tu es ici, tu vas être autre chose maintenant, mais je ne peux rien dire tant que nous ne sommes pas sûr que tu es une alliée et pas une espionne envoyer par des connards … Je me doute que tu as des questions, j'y répondrais bientôt, promis.»

 

         Il eu un sourire amusé et fit un clin d’œil puis, il marmonna quelque chose d'incompréhensible au sujet des connards en question.  Je ris puis me dis que je ne comprendrais donc rien avant que quelqu'un ne dise si j'ai le droit d'être là ou non. Et franchement, j’espérerais avoir le droit, car je me souvenais très bien du moyen dont ils traitaient les ennemis.

 

         Le voyage était plutôt distrayant car les paysages étaient magnifiques et très variés. Alors que nous survolions de grandes surfaces de l'île, la végétation était très imposante et les plantes étaient, elles aussi, en très grand format. Sans trop me séparer de Shade, qui volait presque au-dessus de Salanar, je regardais de manière émerveillée tous les arbres étranges, les animaux que l'on apercevait au loin et les vols d'oiseaux que l'on croisait. Je tourna la tête à droite, puis à gauche et arrivé sur une sorte de rivières, je fus régalée par un spectacle de roche grimpante serties de plantes, le dragon fit un véritable circuit pour jongler entre les issues, et lorsqu'il longea l'eau de près, celle-ci prit forme humaine pour se lever et danser avec nous. Je tendis la main vers elle, curieuse, et celle-ci me sourit avant de disparaître. Shade, parla sans même se tourner :

 

«Les nymphes n'aiment que le sexe opposé je te rappelle.»

 

         Je souris et me rendis compte que je me sentais étrangement bien tout d'un coup, et en sécurité et je repensa à tout mon voyage. Quand Salanar essayait une pirouette sous un pont de pierre naturelle d'où coulait des barbes de mousses, je ne me tenais plus qu'un peu à Shade, je respirais aussi fort que lui, avec autant d'envie. Le décor me faisais rêver. Je m'en suis même voulue d'avoir tant stresser. Je m'imaginais les reins de Shade, tout rouges et gonflés couverts de grosses marques d'ongles.

 

         Environ deux heures plus tard, l'animal ralentit encore et se laissa descendre dans un pré. Le vent de ses mouvements fit s'agenouiller les branches et les herbes. Salanar déposa lentement ses ailes en avant puis, atterrie en douceur avant de les ranger en arrière. Shade descendit en un bon puis,me fit descendre, ce qui restait quand même une bonne chose. J'étais plutôt crispée, comme un chaton qui vient de naître et mit un certain temps à m'habituer à la terre ferme. Mes jambes étaient tremblotantes du voyage et je m'assis alors que Shade attacha le monstre à un arbre. Il lui fit un bisous sur son museau gluant, ne cherchant même pas a éviter l'ignoble coup de langue que la Jehan lui rendis de la joue au front. Il vint me retrouver après quelques minutes, majoritairement perdues à frotter la bave incrustée sur son visage.

 

«Alors, avoue, c'était génial, non ?

-J'avoue que c'était vraiment bien ...Mais génial serait un mot un peu tirer par les cheveux, Shade... Et maintenant ? Où vas t-ont ?»

 

         Il se tourna dans tous les sens pour se repéré et désigna un petit chemin boueux. On y marcha sur quelques galets pour finalement, arriver face à une grande porte en barreaux de ferrailles gardée par un cadenas et implantée dans une grande murailles de pierres grises dont on ne voyait que le prolongement sur l'horizon. Shade attrapa le cadenas dorés et le fixa sous tous les angles avant de soupirer. Je demanda, intriguée :

 

«C'est un cadenas ?

-Oui … Le centre-ville de Kalam est gardé sous cadenas maintenant …

-Mais …C'est bizarre, non ? Garder un centre-ville sous cadenas et puis ...C'est pas grand chose, tout le monde pourrais passer facilement alors tant qu'a le protéger … Tu sais dans mon école tout le monde s'amuse à les déjouer alors ...

-Non bien sûr que non, à l'extérieur il n'y a que des gens du peuple qui ont le droit d'entrer et donc on n'as pas vraiment besoin de sécuriser le lieu, c'est juste au cas où mais c'est surtout chiant parce qu'on a jamais les clés et on est jamais prévenu quand une règle comme ça est créée ...En plus, ils me collent une amande si je le défonce ou si je rentre avec Salanar... Bon ...L'avantage c'est que si les ennemis rentre, ils meurent sur le champs. En fait, s'ils arrivent à venir jusqu'ici je les félicitent, franchement ...Je crois bien que je serais tellement admiratif et bouche-bée que je les inscrirais directement et je me mettrais sous leurs ordres, haha ! Non, mais c'est IMPOSSIBLE.

-Oh ...Je ...Je vois...»

 

         En vérité, non, je ne comprenais pas et son rire me faisais vraiment peur même si je me doutais qu'il faisait encore références aux ''connards'' ou quelques personnes du genre. Mais quand même ... Pourquoi sécuriser un endroit si c'est inutile ? Il ne prit pas mon pessimisme en compte et  passa sa tête entre les barreaux de la porte en fer pour hurler à toute voix :

 

«Oh hé ! J'ai quelqu'un avec moi, les gars ! Venez m'ouvrir, quoi !»

 

         Un rire moquer se fit entendre au loin. Shade plissa les yeux pour voir qui venait par là.  J'en fis de même sans pour autant m'écraser la tête contre les barreaux de la grille. Au loin dans le village, une silhouette avançait, floue et gauche. Un homme en chemise et en jean, avec un sourire sadique sur les lèvres, se présenta à nous, les cheveux blancs ébouriffés et bâclés. Un piercing reliant son oreille à sa lèvre tintait dans le silence de ses pas. Sa main gauche était profondément enfoncée dans sa poche alors que sa main droite tendait vers nous la clef du cadenas qui luisait l'or. Je découvris alors sur Shade un tout nouveau visage, un visage haineux et remplit de mécontentement. Que ce passait-il donc ?

 

         Je pu alors découvrir un nouveau visage sur mon hôte qui avait été si accueillant :

 

«Ouah ...Shin, mauvais gars, donne-moi la clé, vite vite vite ! Donne-la moi, bordel ! Je veux prouver à tout le monde que je suis le meilleur et que j'ai retrouvé une évadée invité pour pouvoir devenir le big boss !

-Shadinus ...»

 

         Le dénommé Shin qui était arrivé à proximité de nous derrière la grille soupira tandis que Shade tendais son bras le plus loin possible entre les barreaux pour pouvoir attraper la petite clef en vain. L'homme aux cheveux blancs repris avec un air sarcastique et un sourire sadique se dessinant sur ses dents :

 

«On t'as pas appris la politesse dis-moi. Ta grosse bestiole bien dégueulasse ne peut pas le faire c'est ça ?

-Ben ...Je vois pas pourquoi ta petite-amie devrait me l'apprendre ...Elle est pas mal niveau grosse bestiole bien dégueulasse, non ?»

 

         Shade eu un sourire noir et se redressa sur sa colonne vertébrale pour maintenir sa fierté quant à ce qu'il venait de répondre. Mais après un soupir las, Shin enchaîna :

 

«Mais enfin, qu'est-ce que Nao vient foutre là-dedans, t'as peur d'elle à ce point ?

-La défends surtout pas, connard ! Et pis …

-Shade, Shade, Shade, tu es tellement jaloux de moi ...Tout ça doit s'arrêter. C'est moi qui ai eu Naori, c'est finis maintenant trouve t'en une autre ! Ah et aussi, arrête de lui dire tous ses bobards sur moi, ok ?

-Je dis c'que je veux ! Maintenant, aboule c'te clé, j'ai trouver Sirel en premiers.

-Ah ouais ?»

 

         Il y eu un blanc, un long temps de silence où les deux hommes arrêtèrent de se disputer pour me fixer. Les yeux de Shin étaient gris et leur pupille me procurais la même frayeur que si une sorte de serpent géant me fixais avec envie. Il était beau, j'avais du mal à le regarder. Il se baissa et je cru en une révérence mais il posa la clé de son côté assez loin pour que Shade ne puisse pas l'atteindre facilement et se releva en souriant de manière satisfaite.

 

« Alors je te pose la clé là ? De toutes façons elle sera remplacée par nos tatouages pour vérifier les entrées et sorties...

-Mais, donc toi Shin …

-Oui, je sais, je ne pourrais plus sortir de ce centre-ville merdique...»

 

         Il se retourna avec un air nostalgique pour regarder derrière lui, les bâtiments qui s'élevaient vers le ciel, puis repris en souriant :

 

«T'inquiète pas rouquin, ça veut pas dire que j'arrêterais de foutre le bordel dans ta tête.»

 

        Shade, grogna, s'assit pour attraper la fameuse clé en tendant tout son bras. Il semblait vraiment galéré et je le regardais sans trop savoir quoi faire. Cette scène semblait ridicule, les deux spectateurs s'amusaient de l'autre et le soldat rouge essayait toujours d'arriver à bout de quelque chose de complètement insensé. C'est alors que Shin apparut derrière moi juste au dessus de mon épaule et sentit une mèche de mes cheveux, alors que j'eus le réflexe normal de sursauter et de crier, mon agresseur fixa Shade sans rien broncher avec le même air moqueur amusé.

 

«T'es sûr que c'est elle Shade ? Elle a l'air zarbi...

-Elle dit qu'elle s'appelle ...Jun. Je dois donc demander son avis à papa.»

 

         Shade se releva d'un coup, la clef en main et secoua son bras engourdis par l'effort. Shin applaudis puis demanda à nouveau :

 

«Ouais, je vois ...Jun, hein ? Tu m'en diras tant, vas voir papa, et raconte-moi.»

 

         A ces mots, il finit de faire le tour de mon physique avec son regard vagabond et disparut avec le même sourire flippant. Shade pris un air las et, malgré sa fierté d'avoir eu sa clef, il soupira en haussant épaules et sourcils :

 

«Il m'énerve celui-là... Rho, au moins ma Salanar elle a de la valeur, pas comme sa sorcière de mère qui ne contrôle rien alors il a plutôt intérêt à y faire attention...

-Euh ...C'est ton frère c'est ça ?

-Non, pas vraiment ...Comment dire ? Disons qu'ont a le même papa.»

 

         Oui, donc ils sont frères. Pourquoi les gens d'ici ne répondaient jamais clairement à mes questions, hein ? Et pourquoi se sentaient-ils obligés de tout compliquer?

 

«Mais depuis qu'on se connaît Shin sème le mal là où nous sommes sensé faire le bien. Naori, sa petite-amie est complètement manipulé par ce poil de slip...»

 

         L'expression me fit suffoquée puis, Shade ouvris la grille d'acier pour que nous puissions arriver dans une magnifique ville au style baroque. Les bâtiments s'assortissaient tous, leurs pierres grises et lourdes faisaient ressortir la muraille et les galets semblaient luisant de propreté. Nous passions donc devant de splendides bâtisses avec des écriteaux d'or où un mot dans une langue inconnue était traduit  par ''infirmerie'', puis ''école'', etc. Tous les bâtiments étaient collés les uns aux autres et la ville formait un véritable cercles, où seuls les plus grands bâtiments se trouvaient en son centre. Le toit noir me faisais penser aux tableaux de craies qu'on utilise en primaire. Une véritable ville, avec des boutiques, des cafés, des bars et tout ce qu'il me fallait pour retrouver mon humanité, j'avais besoin d'avoir des bases que je connaissais et tout ça, c'était mon monde. Je lisais toutes les pancartes dorées pour me repéré et pour comprendre où j'étais tombée. Je les connaissais toutes à première vue, il ne semblait pas y avoir d'étrangeté ni d'anomalies comme j'avais pu en voir jusqu'ici. Alors que Shade me conduisait machinalement vers je ne sais où, je me gavais du paysage médiévale.

 

         Nous sommes arrivé face au bâtiment ''bureau'' qui était plutôt étroit. Sur le côté droit de la porte en bois, sous l'écriteau doré, se trouvait un bouton au style rococo de la même couleur. Shade appuya d'un coup de poings bruyant et un son de cloche retentit dans le bâtiment si fort que même nous pouvions l'entendre de l'extérieur.

Ceux d'Ici

Alors que mon hôte s’acharnait sur le bouton de sonnerie cloué juste en dessous d’une sorte de caméra de surveillance, j’appréhendais ma rencontre avec ce qu’il appelait « les autres », seraient-ils comme moi ? Ou pour ainsi dire, comme lui ? Pour me tirer de mes pensées, une voix me glaça de sang de son timbre résonnant et grave :

« Qui est là ? »

Shade m’a semblé très enthousiaste. Je supposa qu’il s’agissait d’une de ses connaissances ici, ce qui me rassura un peu. Il me lança un regard fier, comme un enfant qui vient de retrouver un jouet perdu. J’imaginais un portrait-robot du possesseur de la voix ténébreuse, il ne pouvait qu’être beau.

« C’est Shade, et je suis venue avec …Jun ! »

Il avait cherché mon prénom avec entrain, semblant toujours me prendre pour quelqu’un d’autre. D'ailleurs, je ne me ressemblais pas dans le reflet de ses pupilles. Mais au moins j’étais vivante.

«Shade, je m’excuse mais Jun ne figure sur aucunes listes et nous ne recevons pas vraiment d’invités comme tu le sais. D’où vient-elle ?
-Oui je sais mon frère, mais elle doit entrer, elle vient de dehors. Elle dit qu’elle est venue comme par magie ! Je dois la faire voir à papa, tu comprendras dès que tu la verras.
-Bon entre. »

Il y eu un moment sérieux et très calme mais je remarqua tout de suite que les deux semblaient très complices. Shade sourit. Dans un bruit sourd et métallique, le verrou de sécurité de la grande porte lâcha, et celle-ci nous accueillit de manière menaçante.

La porte en chêne était plus grande que les autres de la ville, et plus lourde aussi, mais toutes les maisons se ressemblaient de l’extérieur, toujours les mêmes briques dorées, les toits bruns et les portes de bois lourdes. Celle-ci était quand même la plus grande, ce qui ne m’ôta pas l’envie de fuir sans hésiter. Je me retins. Une fois nos pas de l’autre côté du seuil, elle claqua derrière nous comme un piège, mais Shade n’eus même pas un sursaut. Il semblait habitué à l’endroit que je découvrais dans un mélange d’admiration pour sa propreté et son organisation, mais aussi d’effroi face à sa nouveauté et son mystère.

Nous étions à présent dans un couloir très étroit où nous tenions à peine debout l’un derrière l’autre. Si nous avions tendu les bras, nous aurions complété la pièce d’un bloc. Celle-ci était tapissée par un vert rustique et sa pâleure était rendu sombre par la petite lampe décorée qui brillait faiblement du plafond, dessinant sur nos visages un mouvement flou. Dans ce même corridor il n’y avait pas grand-chose à vrai dire, en tous cas rien de visible car la petite lanterne rendait le parquet de bois aussi noir qu’un abysse. Il y avait pourtant, accrochés aux murs, quelques portraits peints que l’on n’en distinguait pas. Un téléphone noir brillait sur un chevet qui menaçait de s’écrouler et qui penchait dangereusement. Entre le bois et la plateforme du téléphone, un petit crochet blanc et usé. Enfin, face à nous, trois portes similaires, imposantes, et grimpant jusqu’au plafond !

Perdu dans ce nouveau monde où tout me paraissait possible, je me demanda si l’on allait y rencontrer des géants, créatures dont on m'avait souvent raconter les histoires dans mon enfance, de manières variées entre leur mauvaise et bonne réputation. Je n'eus pourtant jamais rencontrer, avant ce jour, de circonstances à travers lesquelles j'aurais imaginé en voir un. Je me rassura en notant que jusqu'à maintenant, et à part le dragon et le hamster, je n'avais pas rencontrer de créatures. Ainsi, la grandeur des verrous pouvaient symboliser l'importance seule des gens qu'ils abritent. Hélas, depuis mon arrivée, je ne savais plus à quoi m’attendre.

Sur la porte de gauche se trouvait un écriteau doré gravé du titre de « Directrice » et poursuivit par une étiquette de papier sur lequel une caligraphie incroyable avait écrit « Mademoiselle Gumi ». J’en conclu que les gens devaient renouveler souvent ce titre puisqu’ils avaient choisis de ne pas le graver directement.

Sur la porte du milieu, l’écriteau disait « Créateur » comme si Dieu en personne allait nous présenter son œuvre qu’est le monde en répondant à nos questions ridicules telles que : pourquoi suis-je toujours en retard ? Mais je me demanda surtout si leur Dieu serait le même que nous ? Ou si nous le connaissions seulement. L’étiquette disait « Suguu Hitsugaya » mais ce qui était directement flagrant était qu’un épais trait de feutre l’avait barré pour le remplacer par « Papa » et le suivre d’un cœur dans une écriture d’enfant répugnante. La grandeur d’un soit disant créateur était insulté par le travail de réécriture bâclé qu’avait dû faire un jeune délinquant. Pourtant personne ne s'était donné la peine de changer l'étiquette.

Enfin, sur la dernière porte, celle de droite, était gravé « Administration » et l’étiquette citait « Mademoiselle Go ». Etant donné que Shade avait parlé de son papa, je fus suprise de ne voir apparaître que des noms de femmes... Hors, son papa aurait pu être le fameux créateur, j'imaginais Shade comme tout à fait apte à avoir vandalisé le petit panneau doré. Je m’avança d’un pas comme pour demander à mon hôte si c’était bien ici alors qu’il tenait toujours mon poignet entre ses serres. Il y eu un temps où tout bas, il se parla à lui-même sans que je ne puisse le comprendre puis, il entra sans hésitations dans l’administration, sans prendre la peine de frapper. Là, se trouvait quatre murs, spacieusement éloignés les uns des autres dans un carré parfait. Le papier peint blanc contrastait avec le bleu marine de la fresque qui le traversait. La lumière de la pièce et des fenêtres me mit un peu plus à l’aise, sans compter qu’une odeur agréable de fleurs fraîches régnait dans la pièce. Des tas d’étagères débordaient de papiers sans pour autant que l’endroit émane le manque d’organisation. La décoration murale était principalement cachée sous des post-it multicolores et des calendriers étaient gribouillés aux quatre coins de la pièce. Au centre se trouvait deux fauteuils verts face à un bureau qui semblait vraiment lourd, submergé de papiers et de stylos en tout genre. L’endroit sentait bon le propre. Le bureau avait beau être l’endroit le moins organisé il attirait l’œil dans une atmosphère cosy. Il s’appuyait sur un tapis gris aux motifs démodés, mais en comparaisons au couloir lugubre, on s’y sentait bien. Enfin, je supposa que ce qui attirait vraiment l’œil dans la pièce, n’était autre que l’administrateur en personne, assis derrière le vieux meuble. Il se tenait courbé sur son travail, assis sur un siège en cuir et à roulettes. Ses lunettes noires et fines sur son nez, ses longs doigts caressants ses cheveux à la couleur de l’encre. Je repérais d’ici ses yeux bleus foncé, purs comme un océan. Il les leva vers nous pour nous fixer dans un silence qui me mit le rouge aux joues. Je me sentais l’intruse dans ce pays inconnu, et au fond, c’est ce que j’étais. Le jeune homme aux cheveux corbeau nous fit un signe de la main que Shade prit comme une invitation à se mettre à l’aise, avachit sur un des vieux fauteuils en tissu. Il m’appela à le rejoindre, ce que je fis timidement, croisant le silence qui devenait pesant. L’administrateur me suivait froidement du regard, insistant, tandis que je baissais les yeux pour le fuir. Nous étions face à lui, il soupira vaguement et sortit un formulaire d’un des grands tiroirs. Avant de le tendre vers nous, il le posa face à lui et s’assura que son action n’était pas vaine.

« Alors Shade, que nous as-tu encore trouvé ?
-Elle est jolie, pas vrai ? C’est Jun, Jun tu sais ? Genre un peu comme …Non laisse tomber, elle s’appelle Jun, quoi. C’est un joli nom. Je pense qu’on peut l’appeler Jun du coup.
-Oui ça va j’avais compris, merci. Et tu veux l’inscrire c’est ça ? Elle vient de dehors tu disais.
-Bien sûr mais je l’ai surtout ramené parce que … »

Il le coupa net, sans le regarder.

« Elle ressemble à Sirel. »

Il y eu un autre blanc, et je me sentais vraiment impersonnelle. Comme si je n’existais ici qu’à travers cette autre fille, Sirel.

« Beaucoup pas vrai ? J’ai cru que c’était elle quand je l’ai trouvée dans le désert.
-Présente-la à papa avant toutes choses, en plus il sera ravi d’avoir une nouvelle fille. Il te remerciera. Pour ce qui est de Sirel, elle est morte. N’en parle plus, Shadinus. Rouvrir les blessures du passé c’est pas bon pour Suguu. En plus, elle était blonde. »

Shade baissa la tête, mal à l’aise sous le sermon du jeune homme au visage pâle et atemporel. Je me sentis mal pour lui, mais je me posais aussi beaucoup de question sur cette fille à qui je ressemblais tant … Elle était morte ? J'aurais aimé pouvoir la voir, juste pour comparer, mais demander le portrait d'un défint n'est pas chose à faire. 

Le soldat aux cheveux rouges me tira de mes pensées en se relevant d’un coup sec.

« Merci Stolas, mais inscrit-la d’abord. On doit trouver qui elle est et de toutes façons, elle n’a pas l’air de nous vouloir du mal. Je ne veux pas infliger de vieilles peines à Suguu, mais sa place est forcément ici. Tu peux me trouver entêté mais je pense qu’elle a un lien avec Sirel. Qui sait, sa réincarnation peut-être ?
-Shade …
-Mon frère. Personne ne l’a invité. Soit elle ment, soit c’est un miracle.
-Je vais voir ce que je peux faire. Tu peux disposer mon frère, tu as des cours de cosmologie à rattraper on m’a dit. »

Shade eut un rire faux. Il posa un bras sur mon épaule, le plus tatoué des deux, et me fit un clin d'oeil chaleureux. Je remarqua alors que ses yeux n'eurent jamais été aussi clairs. Il ne me laissa pas repenser à notre rencontre dans le sable, où il se trouvait encore volé des draps de soie, et quitta la pièce sans moi, sous mon regard anxieux. Avant de fermer la porte, il me fit un autre clin d’œil, un salut décontracté et claqua la paroi de bois. Le dénommé Stolas passa un temps, silencieux, à examiner la scène. Il saisit son formulaire, un stylo et vint s’agenouiller près de moi, comme si j’étais une enfant fragile. Chose que j’étais sûrement au fond. Il me donna un peu de chaleur et de confiance. Il était proche de moi, mais ne me touchais pas. J’avais peur mais je me sentais rassurée. Il y avait quelque chose en moi, comme un feu qui s’allumait. J’allais lui dire que je me sentais bizarre, mais il intervient avant que j’ai trouvé mon courage.

« J’imagine bien que tu as beaucoup de questions à me poser, mais si ça ne t’embête pas trop, je vais d’abord te poser les miennes. D’accord ? »

Je ne répondis pas directement mais fit un signe de ‘oui’ avec la tête. Il reprit, satisfait.

« Est-ce que tu es d’accord pour être inscrite ici ? Car Shade ne peut pas choisir ce genre de choses seul…
-En fait …Je ne sais même pas à quoi il veut m’inscrire…
-Ah… Bon, dis-moi comment tu es arrivée ici, on reprendra l’inscription plus tard.
-Je …Cette journée avait été vraiment très bizarre pour moi… A vrai dire j’ai hâte de m’endormir pour la voir finit.
-Développe. »

J’eus un soupire timide, je ne savais pas trop par où commencer, et je ne voulais pas qu’il pense que son pays était un endroit qui me rendait malheureuse. Pourtant j'avais l'impression d'être Alice au Pays des Merveilles.

« Tout à commencer pendant la nuit, j’ai refait un cauchemar d’enfant. Après, il y a une ombre bizarre qui a toquée chez moi, et il y a eu une sorte d’onde qui a traversé ma maison… Et puis à l’école il y a eu des gars qui m’ont fait peur, je suis tombée du toit… Je devrais être morte… Je suis morte ?
-Non, crois-moi que non. Et tu es en très bonne santé.
-J’ai vu une fille aussi…Avec des longs cheveux blancs. Mais personne ne la voyait et je crois que c’est elle qui m’a fait venir ici. On aurait dit qu’elle m’avait suivie…
-Et après, tu t’es réveillée et tu as cru que tu étais morte.
-Exactement… »

Je m’attendais à ce qu’il réponde à plus de détails mais il se contenta d’écrire sur son papier. Mon histoire ne lui paraissait même pas incroyable ? Je venais d’arriver en ville et j’avais chevauché un dragon !

« Je vais t’inscrire comme élève d’un an, on verra si ça marche. Mais peut-être que Shade n’a pas tords. Tu sembles être ici pour une raison.»

Il me fit un sourire doux et rassurant, que j’accepta sans hésiter.

« Bon, alors, ton nom et ton prénom. Si tu en as un deuxième y compris.
-Très bien, Jun Akabashi. Mais j’ai été adoptée, je ne connais pas mes parents biologiques, désolée. Sur ce qu’il y avait écrit sur mon bracelet on ne pouvait lire que le début du nom « Jun ».
-Bon on va dire que ça suffira. Jun. Ton âge ?
-J’ai eu 19 ans il y a quelques jours. Le 10 avril.
-Bon, je dois remplir la description physique. Ne bouge pas. »

Il me regardait et notait dans son formulaire. Je me demandais ce qu’il pensait en me regardant. Beau comme il était, surement pas grand-chose. Il devait se dire, comment peut-elle avoir presque 20 ans, elle ne mesure pas plus d’un mètre soixante. Ses cheveux sont bleus ? C’est vraiment bizarre…

Il hésita un moment avant de reprendre.

« Je suppose que te demander ton type est encore un peu …
-Non pas du tout !
-Pardon ?
-Et ben … Féminin … ? »

Il explosa dans un rire qui le renversa en arrière. Il tentait de se cacher derrière sa main mais je voyais bien que j’avais gaffé.

« J’avais déjà vu ça, merci. Je parle de ta spécialité.
-Je ne sais pas …
-Ton pouvoir par exemple ?
-Mais j’en ai pas, je suis humaine ! Je n’ai pas l’air d’être un vieux dragon ! »

Il rit de nouveau.

« Tu n’es pas humaine, quelque chose de nouveau grandis en toi. Je ne sais pas comment tu as pu camoufler tes pouvoirs mais on dirait que venir ici les a réactivés. Enfin, vu que tu ne connais pas les bases, je vais attendre pour remplir cette case. J’ai une dernière question. »

Il devint subitement très mal à l’aise. Je le surpris même à rougir un peu.

« Que se passe-t-il ?
-Je dois savoir ton groupe sanguin.
-Ah ! Pas de soucis. C’est AB. »

Il eut un petit sourire malsain et timide.

« Le plus sucré.
-Dommage, je ne le mange pas. »

Il pouffa de nouveau. Nous étions des étrangers l’un pour l’autre, ça nous rendait mal à l’aise. Pourtant le formulaire est finit. Je fais officiellement partit de ce monde bizarre pour un an. Je me demande ce que vont penser mes parents, mes amies… Mais après tout je suis peut-être morte, et ceci est mon rêve.

J’étais quand même très motivée. Je voulais mettre ce temps à profit pour comprendre pourquoi j’étais ici. Et après tout, ça devait être cool ici, tout semble permit.

Stolas se remit à son bureau pour envoyer mon formulaire dans une sorte de fax. Pour détendre l’atmosphère, et dans un élan de courage, je décida de retourner son œuvre contre lui.

« Et toi ?
-Et moi quoi ?
-Je ne sais pas, ton nom, ton âge … Tout ça quoi… »

Il eut un sourire heureux, mais très calme.

« Je m’appelle Stolas Lucis Caelem, mais on m’appelle Stolas. Je suis sud-coréen de naissance mais mon père m’a amené ici quand j’avais 6 mois, et nous ne sommes rentrés que pour quelques vacances.
-Ah d’accord ! Et tu aimes cet endroit ?
-Bien sûr, c’est très harmonieux, et les vampires ne sont pas perçus comme des monstres.
-Les …Vampires ?
-Ah oui … Je suis un vampire, au passage. »

J’attendais qu’il rigole, mais il ne plaisantait pas. Bien que je lui découvrit un rictus amusé.

« N’ai pas peur, les sangs-purs comme moi se contrôlent très bien. Sans mauvais jeu de mots, on a ça dans le sang. »

Je lui lançai un regard incrédule.

« J’ai bientôt 85 ans. Je suis rentré en Corée pour me battre lors de la guerre de l’indépendance en 1950. J’avais 20 ans, j’y ai perdu mon frère jumeau, Lucis, dont j’ai pris le nom. Je ne suis pas retourné là-bas depuis. Mon père est un descendant direct de la famille royale. Je sais que j’ai beaucoup d’héritage dans mon pays, mais Ephaëlya a quelque chose de plus fort que tout.
-Ephaëlya ?
-C’est ce pays. Tu verras, tu vas très vite en tomber amoureuse. »

J’eus un sentiment bizarre, une peur de ne jamais me sentir chez moi. Un an risquait d’être long. Et s’il était un vampire… Qu’est-ce que je pourrais croiser d’autre ! Finalement, le hamster et les géants me paraissaient plausibles.

« Je te promets que je vais pas te manger. Les populations ici ne sont pas aussi hostiles que tu ne l’imagines. Et puis quand bien même, je ne suis qu’un bébé vampire.
-Un bébé de 85 ans quand même …
-C’est moins d’un siècle donc je ne suis pas encore considéré comme Alpha. C’est-à-dire que je n’ai pas encore atteint toute ma force. »

Il fit un clin d’œil terrifiant, me rappelant que dans ce monde, rien n’était normal, j’étais vulnérable. Il me tira la langue. Je ne sais pas si c’était mon côté gamine, mais en une certaine façon, j’avais bien envie qu’il me dévore. Cette pensée me rendit folle. Je repris mon souffle. Comme un mirage, ce garçon semblait devenir de plus en plus beau à vue d’œil.

Une dizaine de minutes étaient passées, le bip final clôtura l’envoie du fax avec beaucoup de retard. Stolas mit un coup brut sur la machine puis tapota ses cuisses en se dirigeant de nouveau vers moi. Me donnant un verre d’eau et un biscuit sec.

« Et voilà, tu es inscrite.
-Je suis toujours aussi perdue…
-Alors je vais te faire visiter ? Comme ça j’aurais la meilleure place dans tes souvenirs si tu décides de partir.
-Merci …Beaucoup ! »

J’étais très touchée par son geste, il allait enfin m’aider à m’intégrer pour cette année.

« De rien … Beaucoup. »

Il rit de nouveau, pour se moquer amicalement de moi et mes rougissements idiots. Mais il ne cacha pas son habitude, toutes les filles devaient lui être dévouées, vu son visage. Il se posa finalement à ma droite, sur le fauteuil où se trouvait Shade un peu plus tôt.

« Je vais essayer de répondre à tes questions sans te brusquer. Vas-y je t’écoute, tu dois en avoir pas mal.
-Par quoi commencer ? Je me sens tellement perdue…
-Commence par ton arrivée ici alors, ça semble plus simple. Tu veux qu’on parle de la porte ?
-Quelle porte ? Je me suis réveillée au pied d’une tour à moitié rasée…
-Oui c’est à peu près ça, c’est une porte d’entrée sur l’extérieur, mais non ne sortons pas beaucoup d’ici. Sans parler de ceux qui rentre ...
-Mais… »

Il fut amusé par ma confusion et développa son propos.

« Quand tu regardes le sol de cette tour, il y a un texte de gravé. C’est écris : « Ej Issu al terop Enn Sed Ili semas defuntis tronan en deper enferno ». Entre autre, ça signifie « Ici se trouve la porte donnant sur des millions d’âmes défuntes trônant dans les profondeurs des enfers ». Mais on ne peut pas te reprocher de ne pas l’avoir vue, la tour est très vieille et c’est écrit avec la langue la plus ancienne du pays…

-Alors je suis en enfer ?

-Mais non, ne t'en fais pas, seulement cet endroit à été conçu pour protéger ses habitants, ainsi, peu sont ceux qui ont le droit d'en sortir, et ceux qui rentrent sont vraiment rares...

-Alors pourquoi suis-je là ?

-Je ne pourrais pas te dire avec certitude. Mais je ressens une magie que je ne connais pas chez toi. Je ne l'ai jamais rencontrée. Arrivée ici à dû la déclencher."

Stolas s'enfonça gravement dans son fauteuil.

"Papa a inventer cette porte, qu'on surnomme Mornar, afin qu'elle oblige les étrangers à être invités par un puissant d'ici. C'est pour ça que Shade a été interpellé, il pense que c'est l'esprit défunt de Sirel qui te guide.

-Mais qui est Sirel ? Je ne veux pas être indiscrète mais on ne fait que me parler d'elle et je ne la connais pas !

-Elle est morte il y a des siècles de cela, c'était l'épouse de notre père. Il ne garda que son fils en souvenir d'elle, et c'est son âme qui un jour, le poussa a construire de ses mains ce qu'est Ephaëlya aujourd'hui.

-Oh je vois ... Ah aussi ! Quand je suis arrivée j'ai vu quelque chose dans l'eau d'un lac... De la lumière.

-Oui, c'est très rare, on l'appelle "Aky Ikut" c'est la folle nuit. Ce phénomène n'a lieu qu'une fois tous les dix cycles. Je ne l'ai vu qu'une seule fois, tu as beaucoup de chance.

-Ce n'est pas ma faute, c'est grâce au hamster tout ça...

-Un hamster ? Que je sache, il n'y en a pas par ici ...

-C'est un hamster géant qui m'a fait traverser à mon arrivée justement ...Un hamster parlant ! Il avait même une chemise et un pédalo !"

 

Stolas explosa de nouveau de rire, appuyant ses mains sur son abdomen pour se calmer.

 

"C'est pas un hamster ça ! C'est un Jaoua, une sorte d'ours humanisé. Il s'appelle Filis, il travaille aux allés-retours mais il n'est jamais à l'heure !

-Oh ...Je vois... Tout ça éclaire un peu le sujet mais j'ai encore tellement de questions !

-Je t'en prie, ça fait longtemps que je n'ai pas ris comme ça sur l'île !

-Filis, le hamster ...Euh, le Jaoua, à dit qu'on ne voyait pas la Lune mais certaines planètes... On en voyait trois dans la nuit, plus ou moins grosses. Où sommes nous exactement ?

-En effet, l'endroit où tu te trouve est détacher de la Terre. Ephaëlya est une planète autonome qui a été construite par la magie. Actuellement nous flottons dans l'univers loin de ton système solaire. Le soleil que nous voyons ces jours-ci est en fait l'étoile d'Ikre. Notre île se déplace pour évitée d'être trouvée. Elle est close dans une bulle de verre protectrice et invicible. La seule ouverture est donc Mornar.

-Je vois ...Alors je suis vraiment loin de chez moi...

-Mais tu es en sécurité. Une guilde à été formée pour que des magiciens d'élites protègent la population. J'en fais partie. Un jour ça te paraîtra plus facile tu verras.

-Je l'espère...»

Stolas me regarda pensif, cherchant une brillante idée quand soudain je choisis d'être un peu entreprenante:

«La visite ?
-Pas de problème, tu me laisse me changer ?
-Oui, bien sûr.»

Il se leva et attendit un peu mais je ne bougea pas, étant d'humeur amusé, il soupira doucement et alla vers une armoire proche de son bureau pour en sortir une chemise blanche simple et un gilet noir assortit à son pantalon, il retira donc son pull gris et je baissa aussitôt les yeux vers mes pieds, rouge d'embarras en comprenant qu'il entendait se changer ici ... Rujin se moqua un peu de ma réaction et, après avoir finis son changement, il remis ses cheveux fous en place, plaqués contre son crâne.


«Nous y allons ?Ne sous-estime pas Ephaëlya, tu en as des choses à voir et surtout, à comprendre !
-Oui, bien sûr !»

Je m'appuya sur la paume de la main que le jeune homme me tendait pour me relever, je fis de mon mieux pour dépoussiérer mon uniforme qui avait vécu beaucoup trop d'action pour être propre et suivit mon hôte. J'avais envie de voir ce nouveau monde, mais j'étais vraiment épuisée (je n'avais pas dormis depuis près de 30h) et mes paupières étaient lourdes comme des pierres, redoublant de force, je me leva pour suivre le garçon, sur le pas de la porte de l'administration, il éteignis la lumière et se retourna :

«Bon tu dois t'en douter mais, ici c'est l'administration, je suis là pour répondre aux questions et faire la paperasse …
-Quelle agréable métier, plein d'une sombre routine.
-Évidement, que veux-tu que je te dise, qui le fera si ce n'est moi?
-Je ne sais pas, je ne connais personne ici !
-Ah oui, c'est vrai !Alors euh, prends exemple sur ceux que tu as déjà vu, genre Shade, tu le vois assez sérieux pour ça ?
-Haha, non en effet !
-En réalité, il y a une secrétaire normalement qui s'appelle Go mais elle est dispensée des week-ends où je la remplace.
-C'est toujours plus sûr que Shade, non ?
-Je te le fais pas dire !»

Nous avions ris un moment puis, sommes allés dans le hall d'où j'étais arrivée avec Shade, en face des trois portes. Stolas s'apprêtait à entré dans celle du papa quand un jeune homme ne dépassant pas les 157 centimètres en sortit à toute allure pour finir devant nous, essoufflé. Il fixa Stolas avec ses grands yeux turquoise brillants de jeunesse comme la glace et Stolas l'accosta par une tape amicale dans le dos avant de demander d'un ton amusé, et en plissant ses petits yeux bridés accentués par son large sourire :

«Quelque chose ne vas pas capitaine ?
-C'est ...»

Il tourna son regard de gèle vers moi. Tristement, je réalisa que nous faisions la même taille.

«Cette fille, elle n'est pas d'ici et elle …
-Oui, elle ressemble vraiment à Lady Sirel. Mais elle s'appelle Jun donc elle n'est pas la réincarnation de ta magnifique mère, tu ne risque pas de fessée bien méritée.
-Enchantée.»

Je tremblais comme une feuille à l'idée qu'un enfant me prenne pour sa défunte mère, j'étais de plus en plus mal à l'aise mais Stolas, qui m'avait mit dans la merde, me sauva de nouveau :

«Ah c'est Shiro Hitsugaya, le fils de papa, mais c'est le vrai celui-là !
-Oui, ma pauvre Jun, tu vas avoir du mal à comprendre mon père, il prends tout le monde pour sa progéniture et il veut toujours qu'on l'appelle papa. Pourtant je suis fils unique (enfin normalement).
-Son père est quelqu'un de génial, tu verras, il est  fou.
-Ouais, et aussi excentrique !»

Ils ont rit, puis, le petit Shiro leva la main droite en guise de salut avant de disparaître par la porte. Ce petit capitaine aux cheveux blanc comme la neige nouvelle était étonnant, il était stricte et sérieux, très intelligent et mature mais aussi drôle à la fois. La vie pour lui ne devait pas être facile mais il semblait très dynamique et ambitieux pourtant. Une question continuait pourtant de trotter dans ma tête, au milieu d'un silence, je me laissa la poser à Stolas juste avant que celui-ci ne frappe à la porte du papa:

«Euh, Stolas ?
-Oui ?
-Dis, c'est un peu indiscret mais ...Il est vraiment petit Shiro, non ?
-Haha, non, il fait son âge en fait.
-Son âge ?
-Et bien, il n'a que 13 ans, tu sais …
-CAPITAINE A 13 ANS ?!
-Bienvenu à Ephaëlya !»

Bien sûr, j'étais étonnée, mais je trouvais ça plutôt mature de toléré de tout et surtout, très amusant de savoir que cet enfant gouvernait avec brio des soldats plus âgés. L'image du petit chef me fis sourire un moment, puis, comme pour me faire revenir à la réalité, Stolas pris ma main et, après lui avoir jeter un vif coup d’œil, il toqua à la porte qui s'ouvrit toute seule dans un grincement macabre.

Le son de vieux chêne rongé de la porte était horriblement douloureux pour les oreilles et semblait s'éterniser. Alors que Stolas restait de marbre face au fracas, moi, je m'étais bouché les oreilles aux mieux, pour éviter à mes pauvres tympans une mort certaine. Une fois la porte sombre appuyer contre le mur, la pièce qui leur faisait face contrastait totalement avec le reste : une tapisserie rosée à fleurs enfantines, des tabourets multicolores recouverts de dentelles faites mains sans oublier les somptueux tableaux de chats peints sous toutes les coutures ! Un véritable bureau de mamies. Je m'avança vers le bureau pastel avec une folle envie de rire tellement le paysage était différent et amusant, tout était exactement le contraire de l'ambiance attendue. Soudain, une voix sombre mais poussée dans les aiguës parodique raisonna derrière nous, elle venait d'une petite porte fermée par des rideaux de perles roses, là-bas ça sentait une odeur délicieuse de cuisine mais surtout de plantes cuites.

«Et bien mon bébé je t'avais dis que tu avais oublié ton bisouuuuus!»

J'eus un autre sursaut et en me retournant vers l'arche où j'aperçus un homme, habillé tout en noir, haut de forme compris. Il avait les cheveux argenté et magnifiquement brillants, ceux-ci tombant dans son dos en longues mèches rebelles. Il semblait jeune en tout points et ont ne pouvait lui donner d'âges tant son visage était vide de rides. Il avait des yeux jaunes luisants comme le feu et fins comme des amandes. Une cicatrice marquait son visage en le traversant de sa tempe droite jusqu'à sa lobe d'oreille gauche, coupant son nez en deux parts égales. Ses mains croisées présentaient de longs doigts squelettiques sertis par des ongles gris immenses et crochus. Cet homme aurait eu l'air vraiment glauque et inquiétant si il n'avait pas eu, autour de la taille, un petit tablier rose à volants et un sourire béa sur les lèvres. Stolas le présenta en riant :

«Jun, ma chère, voici notre papa à tous, Monsieur Suguu Hitsugaya, pour te servir.
-Owwwwwwwwwww, mais elle est trop mignonne cette enfant là !»

Il me tourna autour avec enthousiasme pour me fixer sous tous les angles.

«Elle a de beaux cheveux dis donc ! Et elle ressemble vraiment à Sisi n'est-ce pas ?
-Oui, nous le trouvons tous.
-Rha elle est tout à fait mon genre !
-Si tu avais eu deux siècle de moins...
-C'est toi qui dis ça, face de rat ?»

Leur bataille ridicule m'amusait beaucoup, jusqu'à ce que Suguu reprenne son sérieux et devienne donc tout à coup flippant.

«Alors ?»

Il tendis la main vers Stolas avec un nouvel air ridicule.

«Tu m'en fais combien pour que ton papa d'amour puisse la garder ?
-Je ne t'en fais rien du tout, c'est la nouvelle inscrite, je lui fais visiter les lieux. Rho Suguu ...
-Tant que tu lui fais pas visiter ton pantalon ! Tu n'as pas le droit, hein, c'est mon enfant maintenant ! Ne la drague pas Stolas, je l'ai payée elle est à moi !
-T'as rien payé du tout ! Et je la drague pas !»

Le combat ridicule mais amusant avait repris de la même manière qu'à la grille sauf que Shin et Shade avaient été remplacé par Suguu et Stolas. Le papa se jeta sur moi pour me serrer dans ses bras comme si j'avais été un animal domestique trop aimé :

«T'es trooooop adorable, toi ! C'est qui ma fifille ? Mais oui c'est toi ma fifille !
-F-Fille ?
-Et oui, ont avaient prévu ça bien sûr … Suguu, ne lui fais pas peur... Tu dois dire papa, il aimerait que tu le fasse. C'est une marque d'amour pour lui. A Ephaëlya tout le monde est son fils ou sa fille... Ce genre de secte bizarre dans le monde de Suguu quoi.»

Comme si l'homme en question n'avais rien écouté du discours de Stolas, il fronça les sourcils et me tira vers lui.

«Ne lui parle pas, tu mérite mieux mon petit chat ! Oh, tu dois avoir soif ! Tu veux du thé ma pupuce d'amùùùùr ?
-Non ...Non merci, papa ?
-Oh mon dieuuuuu, elle a dit papaaaaaa !»

Alors que Suguu se mit à courir partout dans la pièce, larmoyant de bonheur, j'en profita pour parler tout bas à Stolas. Je commançais vraiment à me demander où j'étais arrivée.

«Il est fou ?
-Ah ça oui, et pas que ! Et pourtant, il a créer toute cette planète tout seul, il a du génie, il a juste vraiment du mal à s'en servir ...»


Suguu qui se dandinait sur un tabouret à présent, releva la tête et fixa Stolas avec un regard noir :

«Ah, mais Stolas, comment tu ose parler de ton papounet comme ça ? Oh et puis j'oubliais, tu me dois encore une punition ! J'ai encore ta petite tenue, tu l'as oublié ici après que je te l'ai offerte tu ne l'as même pas essayée … Je sais ! Je vais te la chercher pour que tu la mettes ! Lalala, tu vas voir elle est vraiment belle, le velours vas bien avec les froufrous !»

Suguu trottina vers l'autre pièce et Stolas se crispa.

«Oh non … Viens vite ! Jun, vite on s'en vas !»

Sans que je ne puisse rien dire et en une seconde, il me tira dehors. Je riais beaucoup à l'idée de voir ce beau garçon en petite tenue, celui-ci me regarda alors interrogatif puis, esquissa un petit sourire sur son visage froid lorsqu'il compris. Après un silence, je fixa la dernière porte :

« Il va nous chercher alors on ferait mieux d'y aller... C'est elle ?
-Oui ...Ne t'en fais pas je t'y emmène mais ...Tu peux juste répondre à une de mes questions ?
-Si ça te permet de dormir cette nuit, vas-y ! Alors ?
-Euh ...Au sujet de ce que Suguu à dit, tu me trouve trop aguicheur ?
-Ah euh ... Non, enfin, non pas du tout t'en fais pas, tu fais ton travail … Et puis si tu veux savoir, tu ne m'as pas fais visiter ton pantalon, hein !»

Il rit mais seulement quelques micro secondes qu'on ne pu même pas apercevoir. Ensuite, il se releva du sol où il récupérait l'énergie dépensée avec Suguu avant d'ouvrir la dernière porte. Rien, elle était fermée à clé. Il se tourna alors vers la petite table de chevet où se trouvait le téléphone et composa un numéro, une voix grave se fit entendre :

«Allô ? Je peux vous aidez ? Je suis en plein travail donc faites vite je vous prie.
-Uhm, toi espèce de ….
-Oh mais c'est mon copain Stolas on dirait. Pour toi j'ai un peu de temps.
-Hibikii, si tu étais en face de moi je te broierais les organes et je les ferais manger à tes ancêtres.
-Dommage, parce que j'aurais besoin de ma peau pour aller me faire ta prochaine copine.
-Espèce de bâtard... Attends que j'arrive tu verras que je te …
-Ben quoi, tu veux pleurer auprès de Gumi c'est ça ?
-Vas te faire mettre, je suis avec une nouvelle inscrite, elle doit rencontrer Gumi, où est-elle ?
-Au hasard, si tu cherche bien dans ton cul, tu trouveras peut-être ?
-T'es vraiment ….
-Passe-moi la nouvelle que j'fasse mon job.
-Okay, mais si tu dis de la merde, j'irais te voir juste après, okay ?»

Très bien, pour moi il s'agissait d'un grand moment : je devais parler à ce qui semblait être le pire ennemie du beau Stolas, attention, défense féminine enclenchée ! J'attrape le téléphone, pleine d'assurance et à peine l'objet est contre ma joue que je fronce les sourcils :

«Allô ?
-Bonjour ici Hibikii, je peux vous aidez ?
-Oui, nous cherchions Mademoiselle ...Gumi...
-Elle est en ville, vous la croiserez peut-être. Moi je suis son secrétaire.
-Je vois, je vais vous laisser alors, merci pour tout. Au revoir.»

Le sujet fut rapidement clôt et je m'empressa de remettre l'objet sur son socle.

«Tout c'est bien passé ?
-Oui, je suis désolée mais tu ne pourra pas le broyer aujourd'hui, il a été correct, navrée …
-Ah, si ce n'est que ça … Je suis désolé que tu es eu à faire à cette discussion ridicule entre deux vieux ennemis. Bon, alors euh, on vas aller en cour, le reste de la ville tu connaîtra avec tes futurs nouveaux amis quand tu feras des sorties.
-Et, on est dans la même classe ?
-J'en sais rien, tu peux choisir ta classe, tu veux venir dans la mienne ?
-Oui ! Enfin si ça ne te gêne pas et si t'es pas dans une sorte de club du troisième âge …
-Ne t'en fais pas, c'est bien comme ça, je te réserve une place à ma table alors, je te présenterais mes amis.
-Attends ! Merci pour tout ce que tu fais pour moi, vraiment !
-Mais je fais ça parce que j'en ai envie. Et puis, tu rougissais même pas pour une fois, c'est pas mimi.
-Hein ?!
-Quoiqu'il en soit, je suis pas dans un club de troisième âge» 

 

 

La sonnerie du Lycée

 


Finalement, Stolas fit demi-tour me pris brusquement dans ses bras, je ressentit alors la chaleur de sa peau s’essouffler contre la mienne. Cet enlacement ne dura qu'une minute, je ne bougea pas mais sentais très bien que quelque chose en moi avait changer. Stolas, comme d'habitude impassible, regardait dans le vide de la rue comme s'il ne se rendait compte de rien. Comme s'il m'avait déjà oublié. Au final, il me détacha simplement de sa propre emprise et tourna les talons pour partir devant. Je le suivis dans un silence voué à la réflexion.

Mon silence fut vite brusqué puisque nous arrivions déjà au lycée. Il m'y avait conduit machinalement, sans même vraiment s'en rendre compte. Le bâtiment gris faisait en réalité office de grande école, il me rappelait un peu celui que j'avais laissé et d'où j'aurais dû mourir. Celui-ci comptais à la fois lycéens et collégiens, mais les petites classes étaient dans un établissement plus loin. La petite cour était un parfait mélange entre un jardin fleurit et un chemin de gravier pour que les élèves trouvent des bancs où révisés. Après avoir longé l'allée principale, nous nous sommes retrouvé face à ses portes de verre que l'on voit partout. Abritant les casiers et les salles de classes, répartient dans un des quatre couloirs autours de la cour intérieure où se trouvait une cantine indépendante.

Baillant de lassitude malgré l'enthousiasme que je tentais de fournir quant à apprendre la vie sur Ephaëlya, Stolas ne sembla pas désirer d'autre questions et avança jusqu'à une salle de classe qu'il ouvrit après avoir toqué deux fois. Tous les regards des élvèves s'étaient déjà braqués sur nous, comme des et alors que je rougissais et baissais les yeux, Stolas gardait une tête bien haute et un air hautain. Je déduis que les expressions qu'il avait fournis plutôt ne lui reviendrait plus. Le professeur inspira profondément avant d'expliquer à ses élèves :

"Cher élèves, veuillez accueillir notre nouvelle camarade accompagné du délégué. Allez vous asseoir."

C'était tout. Aucunes présentations solennel comme dans mes écoles japonaise. Juste ça. Je regarda Stolas, j'avais au moins appris qu'il était délégué. Décidement le monde de la paperasse lui correspondait bien. Le chouchou traça vers une table vide dans le fond de la classe. Je le suivis silencieusement, évitant les regards. La dernière fois que j'avais été en contacte avec des élèves, j'étais morte. Une fois le cours reprit, il appuya sa tête dans la paume de sa main et me regarda de nouveau. Me fixant avec insistance, je repris un peu d'importance à ses yeux. Je fis la moue et en profita pour découvrir ma nouvelle classe, dans l'ombre, de loin. J'étais très intimidée de savoir que certain d'entre eux pouvaient être autre chose que des humains. Je salua d'un sourire le visage familier de Shin, mais je ne le considérais pas vraiment comme une sorte d'ami. Je regarda plus précisement qui, ici, aurais-je pu considérer comme ami. Il eu ce nouveau sourire de vipère, malsain. Le message avec lui était clair en tous cas. J'étais un jouet, un objet d'étude, mais surement pas une amie. Je tourna finalement mes yeux sur les deux garçons placés devant nous.

Celui qui était contre la fenêtre, et donc devant Stolas, avait les cheveux teint, bleus clairs, presque turquoises et les yeux sur le même ton. Il me fixait avec un air niait d'enfant ravie de découvrir un nouvel objet. Le dos plaqué contre le mur, il ne s'intéressait absolument pas à ce cours sur l'histoire de l'univers. Ses bras posé sur ses genoux, il attendais avec impatience que Stolas parle, défiant son silence de fer, plongés dans les nuages. Je m'arrêtais tantôt pour écouter le cours et découvrir le savoir de ce nouveau monde qui nous surpassait.

Celui qui était devant moi était bien plus imposant, plus grand et plus musclé. C'était un métisse, je n'avais pas l'habitude d'en voir. Ses yeux étaient d'une splendeur inexplicables, d'un doré parsemé de vert clair qui vous procure la même fascination que lorsque vous découvrez le sommet de l'Himalaya. Celui-là n'avais tourné son regard vers nous qu'une simple seconde, et du temps où je fus assise, je ne le revis pas. Ses bras colossaux pourtant, croisés sur son t-shirt sportif rouge et blanc, luisaient comme le désir lui-même devant moi. Si la luxure était un homme, elle serait lui.

Stolas sentant forcément autant que moi le regards perturbateur et omniprésent du premier, il commença sans même relever les yeux :

"Bon Vorn, t'as finis de nous regarder comme ça ?
-Uhm ? Moi ? Tu voudrais que je sois aussi monotone et chiant que toi, mon coco ?
-Oui, comment tu le sais ? Ne me dis pas que tu as deviné, si ?
-Aller tu peux tout me dire ! T'as peur que je te la pique c'est ça ?
-Arrête enfin ! La pauvre, elle vient d'arriver... Et ce n'est pas ma copine. Bon, très chère Jun, voici Vorn, le mec le plus lourd de ces lieux, mais on l'aime quand même. Après tout y en faut un ... Et voici Ogan, le basketteur en maître. Des gars de confiance."

Le métisse arqua un de ses épais sourcils noir en tournant ses yeux, trop légèrement pour qu'on en savoure la beauté. Vorn fit une révérence minable qui amusa la galerie mais Ogan semblait m'étudier. Il expliqua alors froidement, transformant l'euphorie en malaise :

"Ce n'est pas Jun. Elle ne s'appelle pas comme ça."

Vorn se redressa lentement pour l'interroger du regard, pour une fois maintenant un air sérieux. Stolas tapota vaguement mon épaule pour me rassurer mais la gêne qui venait d'être créée s'accrochait à nous. Mon guide reprit la parole.

"Je sais qu'elle lui ressemble, mais ce n'est pas Sirel.
-Je sais bien mais elle n'est pas Jun non plus."

Il y eut un malaise encore plus profond et les garçons échangèrent des regards incrédules, parfois même avec moi. Je haussa les épaules pour leur montrer que je ne comprenais pas non plus quand Ogan reprit en se levant pour quitter la salle.

"C'est Lou. Lou Hitsugaya, c'est ça son nom maintenant.
-Papa n'aimait pas Jun ?
-Je pense qu'il voulait quelque chose qui montre qu'elle a un lien avec Sirel.
-Mais bien sûr ...Le nom qu'ils auraient donné à leur fille...
-Lou... Lou Hitsugaya."

Stolas se tut. Nous étions les derniers et Ogan quitta la pièce rapidement, nous laissant cogiter sur cette nouvelle identité. Vorn fit danser ses sourcils pour briser le silence.

"Okay, c'est cool tout ça, mais elle a pas un copain la petite Lou?
-Ne l'écoute pas, Jun... Enfin Lou, il ne peut pas draguer ici, c'est interdit. Tu es notre soeur maintenant."

Il frappa la nuque de Vorn, j'eus un petit rire gêné quand celui-ci repris pour se justifier:

"Pourtant, si l'on tombe vraiment amoureux ici et que notre relation est approuvée alors on peut pas vrai coco ?
-Je hais ce surnom, et je hais que tu ais raison. Mais les relations sont rarement approuvées."

Je réalisa tristement qu'ils étaient beaux, drôles mais condamnés à être célibataires. En bref, tout pour plaire. J'avais vraiment hâte d'arrêter de vouloir rentrer chez moi. Et l'adaptation au nouveau monde me paraissait de plus en plus faisable. Après avoir parlé quelques autres cours durant, l'heure du repas de midi se fit ressentir. Nous nous sommes rendus à la cantine, tous ensemble, riant aux singeries de Vorn. Il était accroché à moi, comme un sac à main.

La salle était spacieuse et claire, un bleu vraiment pâle, presque blanc. Mes talons résonnaient sur les carrelages et la lumière de ce qui m'avait parut être le soleil traversait les fenêtres pour s'étaler entre nos cheveux et les murs. La table que nous avions choisit était au centre de la pièce et pouvait recevoir six personnes, mais apparement, nous resterions quatre : Vorn, Ogan, Stolas et moi. Une fois assis confortablement devant son plateau repas, Vorn endossa son plus beau sourire.

"Bon Lou, tu veux surement connaître un peu les gens, non ?
-Euh ... A vrai dire ...
-Oui, je sais que tu m'apprécie, c'est normal bien sûr, mais tu vas vite te lasser de Stolas et Ogan..."

Comme s'il s'y sentit obligé, Stolas répliqua. Vorn fut alors coupé dans son élan de fierté et d'égocentrisme. Son ton ironique paraissait méchant, malgré que le but n'était pas de faire mal.

"C'est ce qui t'es arrivé Vorn ? C'est pour ça que tu es vite partit pas vrai?
-Ha-ha-ha, super drôle, vraiment. Mais si vous permettez, je vais faire le boulot de délégué que j'aurais dû décrocher. Lou, je suis sûr que tu veux savoir qui sont ses mouches et morpions d'élèves.
-Bon ...Vas-y montre-moi."

Tout fier, Vorn regarda autour de lui. Bien que sa description me parut bien pessimiste, les gens avaient l'air très bien. Il fut réjouit quand le premier groupe de lycéens entra. Il y avait un beau blond vénitien à leur tête, ses cheveux étaient parfaitement situés entre le doré et le roux. Il était suivit d'une brune aux yeux verts, cliché de l'étudiante sexy et travailleuse. Pour clore leur convois, deux jumeaux aux cheveux roux et aux tâches de rousseurs, se disputaient la place.

"Bon alors voici l'équipe des intellos, les premiers à la cantine comme partout, ces idiots.
-Crétin, Vorn... C'était nous les premiers...
-Ah oui c'est vrai ! Dans tous les cas Stolas, tu les défends parce que ces tes potes, ça se voit à vos fringues. Ce sont les grosses têtes du lycée, mais attention pas le genre de tête que t'enfonce dans les chiottes quand tu t'ennuis, hein, ce sont les vrais méchants tu vois ? Le premier, le prince, c'est Hibikii, leur chef de l'abstinence et du pur. Disons pas qu'il l'est, mais en tous cas c'est le modèle du gars parfait ... Vu de loin bien sûr."

En voyant la discution prendre un tournant très pervers et que je préférais ne pas emprunter, je demanda a Vorn de continuer.

"La jolie fille, ou plus si affinité, c'est Isabelle, elle est tellement à fond sur lui que je suis pas sûr qu'elle sache qu'il y a d'autres élèves ici. Mais lui il s'en fou, il aime mieux quand c'est compliqué. D'ailleurs, c'est l'ex petite copine de Monsieur Stolas, mais si je raconte dans le détail je présume que je vais me faire taper.
-Quoi t'es jaloux ? Tu veux que je te fasse un dessin ?"

Reprennant le même tournant, j'insista sentant que Vorn poserait des question au sujet de leur aventure.

"Et les jumeaux c'est qui ?
-Les toutous ? Ben c'est les caniches de Hibikii, je crois qu'ils s'appellent Luc et Boris, un truc qui ressemble. Stolas ?
-C'est Claiton et Ael, banane.
-Possible, ça ressemble. en tous cas c'est les secrétaires soumit du cerveau."

Stolas eu un sourire sournois.

"En supposant, bien sûr, que Hibikii ait un cerveau mon cher Vorn."

Hésitante, je me lanca dans cette question que je me posais depuis l'incident au téléphone; faisant à présent le lien entre Hibikii comme l'interlocuteur.

"Pourquoi vous vous détestez tant ?
-Oula, c'est une longue histoire leur petite guerre... Hibikii est originaire de Corée du Nord et Stolas, c'est l'inverse tu vois, se divisant depuis des années ben ils ne savent plus que se taper dessus... De toutes évidences, ils sont jaloux l'un de l'autre et très frustrés.
-C'est pas que pour ça Vorn, et je suis pas jaloux. Mais Hibikii a quelque chose que je n'aime pas du tout, une manie de se sentir toujours supérieur à tout le monde, il ne connaît pas notre force.
-Calmez-vous les gars, il vous regarde. En plus Stolas, tu n'as pas encore 100 ans. Tu ne sais rien toi même de ce que sera ta force."

Les deux furent calmer par la voix rugeuse d'Ogan, pourtant j'entendis Stolas susurer pendant que l'ont regardait le jeune homme arriver vers nous, sourire aux lèvres, tenant son plateau fournit seulement d'une très légère salade.

"Qu'il vienne, je lui broyerais les organes génitaux s'il en a."

Je gloussa pour moi-même, j'adorais Stolas, je lui devais tout, un peu comme à Shade, mais cet homme était beau, mince, élancé et grand. Il avait tout pour lui, et j'en conclu que Vorn n'avait pas tord en décellant un peu de jalousie entre les deux rivaux. Il approcha jusqu'à l'angle de notre table et vint à moi. Il parla longtemps et calmement, sans pour autant avoir à reprendre la respiration qu'il perdait contre moi.

"Mademoiselle Jun, ou ne devrais-je pas déjà dire Lou. Je suis Hibikii, je vous ai eu au téléphone mais les circonstances étaient un peu précaires. Je suis pourtant presque certain d'avoir été présenté."

Il fixa les garçons d'un air moqueur. Sur ce point, il n'avait pas tord. Rien que les regards que Stolas et lui échangeaient portaient en eux l'energie de toute la haine et méprise du monde. Je ne savais pas trop qui défendre, car Hibikii aurait tout aussi bien pu être une victime. Je ne pris pas partit. Pourtant tous ces hommes commençaient à me rendre dingue. Ils n'avaient pas l'habitude des filles et moi j'étais facilement piégée. Alors que Hibikii allait parler, un autre groupe entra, sur un style plus rock'n'roll, parmis eux se trouvaient Shin, en première place. Il poussa violament les intellos devant lui, les jumeaux qui avaient dû attendre le ravitaillement en purée. Vorn négligea alors complétement leur leader et retourna a sa description, il était très prit au jeu.

"Lou, voilà un groupe plus intéressant. C'est Shin avec ses potes. Je connais pas leurs noms mais ils sont graves cool, non ?"

Hibikii tapota mon épaule, puis tourna les talons, il s'assit plus loin, à la table de son groupe et se fondit dans la masse. Shin nous aperçu et fit un petit signe en notre direction, il était très mystérieux et je n'osa pas répondre autrement que par un sourire timide. Il était tout aussi mignon, malgré son style complétement décalé.

"Shin, c'est pas un tendre mais il sait se vendre mieux que personne, lui dit rien de trop personnel même s'il peut être super des fois, sa langue de vipère n'est jamais loin. On ne sait jamais ce que va faire ce gars, il est vraiment imprévisible, c'est un menteur et un tricheur qui parfois dit vrai. C'est la confusion, son grand jeu. Après, il y a celui avec les dessins sur le crâne, Jakez, et son grand frère au look du tueur en série, Jagu. Le dernier est un peu plus jeune et pourtant c'est le pire des sadiques, Kadeg. Il ne parle jamais mais on l'a surprit à écraser un oiseau à plusieurs reprises alors qu'il n'avait que huit ans."

Si je récapitulais un peu dans ma tête, Shin est le moins méchant des méchants. Mon séjour à Ephaëlya allait être prometteur. Le groupe des punks se posa sur la plus grande table, je compris vite que le gang féminins qui venait d'entrer était composé de leurs petites-amies, toutes aussi sombres. La première était belle, blonde, petite, et sous son maquillage on distinguait un visage d'enfant, rond et pur. La seconde avait le crâne à demi-rasé et riait très fort. La dernière se taisait et portait le voile de deuil. Vorn débuta sa présentation de manière très officielle.

"Voici Naori, la copine de Shin, malgré tout ce que l'on te dira, elle est plutôt gentille au fond. Mais je suis tout seul à penser ça. J'étais très amoureux d'elle à la petite école... Après c'est Claw, la lesbienne dont le vrai nom est Klervi et enfin Perséphone, de son vrai nom Katell. Elle est cinglée et elle croit qu'elle parle aux morts... Genre ça existe ce genre de choses...
-Euh ... Mais les dragons existent ...
-Ouais mais pas les morts qui parlent."

Il se moqua de moi et tira la langue. Pour moi, les morts qui parlent semblaient plus réalistes que les dragons sur une échelles de un à dix. Il se faisait tard et nous avions finit de rire et de manger. Vorn avait arrêté de décrire car trop de gens étaient arrivés en masse. Notre après-midi était composé d'une sortie pédagogique pour piqueniquer. Chance pour moi de rencontrer du monde. Mais avant de partir je dû rendre un livre de cosmologie à la bibliothèque puisque le prof n'avait pu que me le prêter. Stolas choisit de m'accompagner tandis que les autres retournèrent à leurs occupations, donc en fait : le basket.

Il était très calme pendant tout le trajet, si je n'avais pas posé de questions de temps à autres, il n'y aurait même pas eu d'échange. J'avais fait quelque chose de mal ? Il ne s'adressa à moi que plus tard, dans les couloirs en sortant de la bibliothèque.

"T'aime le basket ?
-Je n'y connais vraiment rien à vrai dire ...
-On a un match dans quelques temps, tu voudrais venir ? Je ne joue pas personnellement mais Ogan et Vorn ont besoin de supporters.
-Bien sûr, tu me le rappelleras ?"

J'avais beau lui sourire et me montrer enthousiaste, il ne réagissait pas. Je baissa les armes, après tout, il en avait peut être marre d'être adorable avec moi qui ne comprenais rien depuis le début de la journée. Après d'autres longues minutes de distance, nous nous sommes retrouvés sur le lieux de départ où filles et garçons devaient se séparer. Je me retrouva toute seule dans la masse, chose que j'avais prévu. Mais après tout, il était temps de me faire des copines pour le shopping.